‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 321 sur 420 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Tour le trône cédé cédez-moi Rodogune,

lit je n'envierai poinl voire liante fortune.

Ainsi notre destin n'aura rien de honteux, 425

Ainsi notre bonheur n'aura rien de douteux,

El nous mépriserons ce faible droit d'aînesse,

Vous, satisfait du trône, et moi de la princesse.

ANTIOCHUS

Hélas!

SÉLEUCUS

Recevez-vous l'offre avec déplaisir?

ANTIOCHUS

Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisir, 130

Qui, de la môme main qui me cède un empire, M'arrache un bien plus grand, et le seul où j'aspire?

SÉLEUCUS

Rodogune?

ANTIOCHUS

Elle-même; ils en sont les témoins.

SÉLEUCUS

Quoi! l'estimez-vous tant?

ANTIOCHUS

Quoi! l'estimez-vous moins?

SÉLE UCUS.

Elle vaut bien un trône, il faut que je le die. 13j

ANTIOCHUS

Elle vaut a mes yeux tout ce qu'en a l'Asio.

SÉLEUCUS

Vous l'aimez donc, mon frère ?

ANTIOCHUS

Et vous l'aimez aussi :

130. Var. « Vous l'appelez une offre : en effet, c'est choisir,

Et cette même main qui me cède un empire... » (1G47-5G).

132. « Ces quatre vers consécutifs ont la mémo consonnance. C'est un défaut. » (M Gerusez.)

133. L'intérêt S3 concentre tellement sur les deux princes qu'on a un peu oublie Timagène et Laonice, muets d'ailleurs pendant touto cette scène.

135. Die, ancien subjonctif pour dise, on le trouve jusque dans la Bérénice (V, vi) etl'Jphigénie de Racine. Vaugelas ne proscrit pas celte forme, que Thomas Corneille défend u'employer en prose, et que Pierre Corneille aime, au contraire, comme Molière et La Fontaine : « Cet archaïsme, dit M. Littré, ainsi autorisé, peut encore être conservé dans la poésie. »

136. Vor. « Elle vaut à mes yeux tous les trônes d'Asie » (1647-56).

137. « Plusieurs critiques dit Voltaire (qui ne les nomme pas), demandent comment deux frères si uiuS, et qui n'ont tous deux qu'un même sentiment, ont pu se cacher une passion dont l'aveu involontairo échappe à tous ceux qui l'éprouvent. Comment ne se sont-ils pas au moins soupçonnés l'un l'autre d'êtro rivaux? » Il ne faut pas oublit r qu'ils sont inexpérimentés, timides, habitués à se défier d'eux-mêmes, contraints peut-être de dissimuler leurs sentiments en face d'une mère telle que Cléopâtre, qui les observe. Un moment doit venir pour-

C'est là tout mon malheur, c'est là tout mon souri.

J'espérais que L'éclat dont le trône Be pure,

Toucherait vos désirs plus qu'un objet si rare; 4 40

.M.iis aussi bien qu'à moi son prix vous est connu,

lit dans ce juste choix vous m'avez prévenu.

• h! déplorable prince 1

S ÉLEUCUS.

Ah! destin trop contraire!

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