ACTE III, SCÈNE IV
Mais soutirez que je suive enfin ce qu'on m'ordonne :
Je me mettrai trop haut s'il faut que je me donne;
Quoique aisément je cède aux ordres de mon roi,
!l n'est pas bien aisé de m'obtenir de moi. 090
Savez-vous quels devoirs, quels travaux, quels services,
Voudront de mon orgueil exiger les caprices?
Par quels degrés de gloire on me peut mériter ?
En quels affreux périls il faudra vous jeter?
Ce cœur vous est acquis après le diadème, 995
Prince?; mais gardez-vous de le rendre à lui-même.
? Il l'a heureusement employé dans ses lettres. — Le vers est simple, et pourtant significatif, presque passionné, si l'on croit, avec nous, à une équivoque volontaire : l'an d'eux, ce n'est pas l'un ou l'autre, mais Antiochus, dont le nom est sous-ontendu; on se rappelle avec quel ton d'effroi elle a parlé (I, 5) d'une union possible avec Séleucus. Elle dira plus loin à Antiochus : « Oui, j'aime un de vous deux. »
991. Kous avons déjà rencontré travaux, dans le sens du lalin labores, fatigues, peines (v. 570).
992. « Il est bien étrange qu'elle se serve do ce mot, et qu'elle appelle caprice l'abominable proposition qu'elle va faire. » (Voltaire.) Cela ost vrai ; mais c'< st Rodogune qui parle, et ell6 parle d'une proposition qu'elle va bientôt abandonner. Si le caprice est criminel, Corneille, à tort ou à raison, a voulu que ce ne fût qu'un caprice. Boilcau a dit de « monstrueux caprices » (Satire X) et Corneille emploie souvent ce mot dans un sens énergique :
Ce que peut le caprice, osez-le par raison.
[Horace, III, iv.]
Suivez votre caprice :Joffensez vos amis.
[Nicomhle, IV, v.)
993. Ces degrés de gloire qu'il faut gravir pour s'élever jusqu'à Rodogune. scandalisent encore Voltaire. « Elle appelle un parricide degré de gloire », s'éciic-t-il. Assurément, au point de vue de la vertu stricte, elle a tort; mais nous sommes en Asie, et tout près de Cléopàtre, dont Rodogune se rapproche encore plus en ce moment, comme par une sorte d'émulation dans l'audace. Reprenant donc l'altern tive posée par Voliaire, nous dirons : Si elle parle sérieusement, reine et femme, elle doit se figurer la vengeance comme un devoir; si c'est une ironie, elle ne joint pas « le comique cà l'horreur » ; car de grands ell'ets tragiques on pourront résulter, et cetto situation n'a rien qui prête à rire. Ces réserves faites, il es: ;jt;rmis de mentionner, avec le respect qu'on lui doit, l'opinion de M. Guizot : « Corneille abuse de cet art trop facile de se créer les embarras dont il a besoin. Ainsi Rodogune. prête à épouser celui des deux princes auquel son devoir la donnera quand il sera déclaré l'aîné, ne se croit pas permis de se donner elle-même, sans exiger pour condition que son premier mari soit vengé, c'est-à-dire sans obliger le prince qu'elle choisira à assassiner sa mère... Cette épouvantable proposition n'est qu'une subtile invention destinée à fonder la situation du cinquième acte, en plaçant Rodogune elle-même dans la nécessité de prolonger l'incertitude dos deux princes; et lorsque cette incertitude cesse par l'aveu qu'elle fait à Antiochus et par le renoncement do Séleucus, la facilité avec laquelle Rodogune abandonne son projet ajoute encore à la bizarrerie de l'idée qui l'a produit. » (Corneille et son lemp-i, p. 243-44.)
995. a Ces idées et ces expressions ne sont pas nettes. Cœur acquis après le diadème! Elle veut dire : Je dois mon cœur à celui qui étant roi sera mon époux. Rendre à lui-même veut dire : gardez-vous de faire dépendre la couronne du sorvico que je vais exiger de vous. » (Voltaire.)
CORNEILLE. — Rodog. 9
146 UODOGLMi.
Vous y renoncerez peut-être pour jamais Quand je vous aurai dit à quel prix je le mets.
SÉLEUCLS.
Quels seront les devoirs, quels travaux, quels sei \ iceà
Dont nous ne vous fassions d'amoureux sacrifice* ; 1O0O
Ht quels affreux périls pourrons-nous redouter,
Si c'est par ces degrés qu'on peut vous mériter ?
ANTIOCHUS
Princesse, ouvrez ce cœur, et jugez mieux du nôtre;
Jugez mieux du beau feu qui brûle l'un et l'autre,
Etdites hautement à quel prix votre choix 40Uo
Veut faire l'un de nous le plus heureux des rois.
KODOGUNE .
Prince, le voulez-vous?
ANTIOCHUS
C'est notre unique envie.
Je verrai cette ardeur d'un repentir suivie.
SELEUCUS
Avant ce repentir tous deux nous périrons
Enfin vous le voulez?
SÉLE UCUS.
Nous vous en conjurons. 1010
Eh bien donc! il est temps de me faire connaître.
1000. « On peut faire un sacrifice de son devoir, de ses sentiments, de sa vie, mais non de ses travaux et de ses services. » (Voltaire.) D'amoureux MCI ifices, des sacrifices par amour.
1002. « Des pénis ne sont point des degrés; on ne mérite point par des degrés. » (Voltaire.) Cela est jus e ; mais eSt-ce une raison pour conclure : « Tout cela est écrit barbarement? » Voltaire a laissé passer, sans critique grammaticale, le vers 993, dont celui-ci n'est guère que la répétition. 1004. Yur. « Parlez, et ce beau feu qui brûle l'un et l'autre D'une si prompto ardeur suivra votre désir Que vous-même en perdrez le pouvoir de choisir » ( 1847-55) i loi l Dans la pièce de Gilbert, Artaxorco et Daiie prettenl Lydie de dé- ■v ses sentiments pour l'un oupourl'autre. Après quelques relus. entin MM dit :
Entre deu\ grands héros difficile est le QOOIXi
puisque vous le voulez, je vous veux satisfaire. Vous et moi nou§ pleurons la mort de votre père ;
De parricides mains l'oni mis dans le lomlienu Awmi que noire hymen fil luire sou Itainheau. Je veu\ de mon amour lui donner une preuve : Ayant reçu sa foi, je dois Uf,'ir en veuve.
Soyez digne de moi, je veux l'être de vous: Perdez-les assassins d'un père et «l'un époux ; Lave/, dedans leur snng leur noire perfidie C>si par ii Nullement qu'en peui avoir Lydta
i r, ! pouwjrt.^MOi qu nrdoune !»■ son
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