Var. Et jamais potentat n'a vu sous le soleil
Matière plus illustre agiter son conseil. (1644-1656.)
48. On disait, au xvne sièrle, en délibérer, délibérer de, où nous écririons plus volontiers aujourd'hui délibérer sur :
N'en délibérons plus, cette pitié l'emporte, (Cinna, 621.) C'e-t de quoi le sénat pourra délibérer. (Nicomède, V, 10.)
49. Chose avait dans la langue de Corneille la signification très étendue et un peu vague du latin res, negotia. Selon Voltaire, on vide un procès, une querelle, on ne vide pas une chose. Mais ne dit-on pas aussi vider une affaire, des affaires, et même, avec Molière, « vider des intérêts » (Misanthrope, V, 6) ? La lorution de Corneille a un sens analogue : quand par le fer les choses sont vidées, cela revient à dire : quand les intérêts qui sont débattus sont réglés, tranchés, décidés par les armes.
50. De vaines idées, de vains fantômes, des apparences, des images sans réalité. C'est aussi ce que dit à Perpenna, au début de Sertorius, Aufide, ce Photio plus effacé :
Avez-vous oublié cette grande maxime
Que la guerre civile est le règne du crime.
Et qu'aux lieux où le crime a plein droit de régner
L'innocence timide est seule à dédaigner?
L'honneur et la vertu sont des noms ridicules.
51. En de telles saisons n'est pas uniquemunt pour la rime, quoi qu'en pense Voltaire : saison se prend pour moment, circonstance, occasion favorable, et l'on ne voit point pourquoi l'on ne dirait pas au pluriel en de telles saisons, pour : en de telles circonstances.
Balance le pouvoir, n'examine qu'une chose, s'il a le pouvoir, et non pas s'il u le droit de faire telle chose. Balancer, c'est peser, au figuré comme au propre :
Je s .urai balancer et le mal et le bien (Rotrou. Agésilas, III, 3.) Je sais qu'on doit toujours balancer l'éqnité... (Ibid. )
53. Meîiri sua régna decet, viresgue fateri. (Lucain, VIII, 527.) 57. Piteusement , de manière à inspirer de la pitié, comme pitoyable signifiait rapable ou digne de pitié ; du temps de Corneille même, ce mot ne s'employait plus qu'assez rarement dans le style élevé ; il est familier aujourd'hui, et comporte toujours une nuance d'ironie ou de dédain. — Etaler, c'est, au propre, exposer, présenter, déployer largement devant les yeux un spectacle extraordinaire en général :
Les spectacles pompeux que ces bords nous étalent. (Racine. Iphigénie. 1, 1.)
Une indigne curée aux vautours de Pharsale;
Il fuit Rome perdue, il fuit tous les Romains,
A qui par sa défaite il met les fers aux mains; 60
Il fuit le désespoir des peuples et des princes
Qui vengeraient sur lui le sang de leurs provinces,
Leurs Etats et d'argent et d'hommes épuisés,
Leurs trônes mis en cendre, et leurs sceptres brisés.
Auteur des maux de tous, il est à tous en butte, 65
Et fuit le monde entier écrasé sous sa chute.
58. La curée, c'est proprement la portion de la bête que l'on donne aui chiens après qu'elle est prise. Est-ce parce que c'est un terme de vénerie que Voltaire juge « basse » cette expression si poétique, au contraire, cette métaphore si énergique, reprise et affaiblie par Brébeuf :
Ces oiseaux dont la gorge est de sang altérée. Qui du sang des Romains ont souvent fait curée, Ces tombeaux animés, ces sépulcres volants. Vont se gorger de meurtre o» ces funestes champs.
59. « Perdue n'est pas le mot propre : on ne fuit pas ce qu'on a perdu. » (Voltaire., — « On fuit une ville qu'on a perdue en défendant mal sa liberté, dont on s'était déclaré le protecteur; on la fuit par un sentiment de honte de l'avoir laissée en proie aux tyrans qu'on s'était flatté de vaincre, et voilà ce que Rome se promettait de l'appui de Pompée. » (Palissot.)