ACTE III. SCÈNE V
SELEUCUS
Que le ciel est injuste j Une âme si cruelle Mer M ait notre mère, et. devait naître d'elle.
ANTIOCHUS
Plaignons-nous sans blasphème.
SÉLEUCUS
Ah ! que vous me gênez Par cette retenue où vous vous obstinez ! Faut-il encor régner? faut-il l'aimer encore ? 1055
ANTIOCHUS
Il faut plus de respect pour celle qu'on adore.
SÉLE UCUS.
C'est ou d'elle ou du trône être ardemment épris, Que vouloir ou l'aimer ou régner à ce prix.
ANTIOCHUS
C'est et d'elle et de lui tenir bien peu de compte,
Que faire une révolte et si pleine et si prompte. 4060
SÉLEUCUS
Lorsque l'obéissance a tant d'impiété, La révolte devient une nécessité.
ANTIOCHUS
Ia\ révolte, mon frère, est bien précipitée,
10.>J. Le caractère des deux princes a le mérite d'être suivi : Antiochus se lamente et volontiers excuse les autres ; Séleucus accuse et s'emporte. Sur yêner, voir la note du v. 18.
1056. « Ne croirait-on pas entendre un héros de roman qui traite sa maîtresse de divinité?.... Peut-on employer ces idées et ces expressions de roman dans un moment si terrible? Il n'y a rien de si plat et de si mauvais que ce ▼ers. i (Voltaire1) « Le vers n'est pas tragique ; il convient mal à la situation ; inai> Voltaire ne devait-il pas s'exprimer inoins durement? La bienséance n'estelle pas blessée? Nous ne nous permettrions pas, en parlant d'un mauvais vers do Voltaire, d'écrire qu'il n'y a rien de si plat. » (Palissot.)
10)9. Ces répliques, où les mêmes mots se répètent et s'opposent, sont flans le goût de Corneille; mais ici elle et lui, représentant Rodogune et le irône, manquent de clarté, d'autant plus que lui, comme le fait observer Voltaire, est appliqué peu correctement à une chose inanimée.
1060. « Faire une révolte n'est pas français », dit Voltaire, qui compare ironiquement Antiochus à Céladon. La locution n'est, pas en effet du langage usuel; nous oserons pourtant l'aire observer que révolte, (en italien rivolla, de rt-volla) signitie proprement volte-face. • évoller ou .se révolter se disait au xvi* siècle de ceux qui faisaient une brusque volte-face et passaient d'un parti ou d'une religion a l'autre. Foire une révolte n'est donc pas, logiquement, si incorrect ; de plus, s'il s'agit ici d'une simple volte-face morale, et non proprement d'une révolte; l'indignation qu'inspire à Voltaire cette révolte « contr une femme qui a imaginé quelque chose de si noir » n'est plus aussi justifiée Antiochus reproche seulement à son frère un changement soudain de conduite' un trop prompt oubli de ses engagements. '
1063. « Non seulement cet amour romanesque est froid et ridicule, mais cette dissertation sur le respect et l'obéissance qu'en doit à l'objet aimé, quand cet oojet aimé ordonne de sang-froid un parricide, est peut-être ce qu'il y a de plus mauvais au théâtre, aux yeux des connaisseurs. » (Voltaire.) Ce jugement, qui contient sa part de vérité, est bien sévère dans la forme. Voyez notre introduction, sur le caractère d' Antiochus.
152 RODOGl NE.
Quand !a loi qu'elle rompt, peut être rétractée,
h; c'est à nos désir? trop ce témérité 4363
D^ vouloir ce h»i« bien-- avec î'h <-* : l:. 1 15, -
Le ciel par les travaux veut qu'on monte à la gloire,
Pour gagner un triomphe i' faut une victoire.
Mais que je tâche en vain de flatter nos iourments!
Nos malheurs sont plus forts que ces déguisements. 1070
Leur excès à mes yeux paraît un noir abîme
Où la haine s'apprête à couronner le crime,
Où la gloire est sans nom, la vertu sans honneur,
Où sans un parricide il n'e^t point de bonheur;
1064. « On ne rompt point une loi, on ne la rétracte pas; révoquer est le mot propre. » (Voltaire.) Sur rompre, voir la note du v. 84 qui repond à une critique analogue de Voltaire. Rétracter une offre se trouve dans (Jiltnn :
Une olïre en moins d'un jour reçue et rétractée.
M. Littré, qui cite des exemples de rétracter pris dans le sens de revenir su • une résolution, nous montre le même verbe pris au xiv* siècle dans l'acception qu^ condamne Voltaire et que l'élymologic ne semble i as interdire : « Et ycelles lettres voulons estre tenues et gardées perpétuelment, sans les rctrailtier ou enfraindre comme que soit. » (Du Cange ; v° Helraclare .)
1065. Tout ce passage est bien vague, et Voltaire a, cette fois, raison de demander : « Do quels biens a-t-on parlé? de quelle gloire s'aait-il ? Si Rodogune a fait ce qu'elle ne devait pas taire, Antiochus dit ce qu'il ne devrait pas dire. » Oos biens, cette gloire, c'est moins la possession du trône que la possession de Rodogune. Antiochus disserte et raffine. Sur travaux, voyez le v. 570
1068. « On gagne une victoire, et non un triomphe. » (Vol'aire.) « Cette observation manque d'exactitude : on remporte une victoire, un triomphe; on gagno une bataille. » (Palissot.)
1070. Que ces déguisements, c'est-à-dire que ces vaines paroles, par lesquelles j'essaye de me déguiser à moi-môme mon malheur. Déguisement est. très usité au xvnc siècle dans le sens de dissimulation, artifice pour cacher la vérité. « Un déguisement n'est point fort », dit pourtant Voltaire.
1073. « Un iibim» noir où la haine s'apprête, ri une gloire sans nom! On dit bien un nom sans gloire, mais gloire sans nom n'a pas de sens i (Voltaire.) Nom, au figuré, avait et a encore un double sons, celui c\c réputation :
Un simple bénéfice et quelque peu de nom.
[RÉONIBR, Satire 111.)
et celui de noblesse:
Polyeucte a du nom et sort du snng des rois.
[l'.iin, uete, 11, i,l
Avoz-voiis DU penser qu'au sang d'Agamemnon Achille préférât uno liile sans Q001 ?
(RACIRI, Iphig nit , II, v.)
Une gloire sans nom ne veut pas dire seulement une -hure sans éclat, ce qui
reviendrait ici à dire une gloire sans gloire, mai* une -loir.* sans noblesse, sans honneur, la gloire qui sort du crime; c'eat ce qu'ind;que l'antithèse qui
suit; la vertu sans honneur, i u vertu se rapproche du sens ,'.• iirlns, énergie
morale, mise an service du mal comme du bien :
Benjamin est sang force et Judo mois vertu.
|IUr.r*r , itha\let I, i,|