AN T10CI1US
Comme j'aime beaucoup, j'espère encore un peu.
10~8. Vertu, employé dans un sens analogue, quelques vers plus haut, a ici lu sen^ de farce d'âme, énergie généreuse, opposée à douleur, c'est-à-dire à lâche désespoir.
1030. Vnr. « Et jugez par ce trouble où mon âme est réduite » (1647-56). Les derniers vers prononcés par Antiochus font oublier la fadeur des premiers et les froides abstractions dont ils sont chargés. Antiochus revient ici à la vérité de son caractère et de sa situation; par suite, les vers sont plus précis et plus fermes.
1081. J'en ferais comme vous (des discours?) n'est pas français, selon Vol- 1aire. C'est exagérer : la tournure n'est pas incorrecte, mais n'est guère poétique. On peut même prendre j'en ferait comme une locution toute faite, aussi correcte qu'au v. 1Ô08.
1084 « 11 voit bien ce qu'est Rodogune ; mais il n'y a jamais eu que cette femme au monde qui ait dit : Tuez votre mère, si vous voulez que je vous épouse. Le trône n'a rien de emmun avec la monstrueuse idée de la douce Rodogune. Ce qu'il y a de pis, c'est que tous les raisonnements d'Antiochus et de Séleu us ne produisent rien ; ils dissertent; les deux frères ne prennent aucune résolution, et le malheur de leur personnage jusqu'ici est de ne rien faire, et d'attendre ce qu'on fera d'eux. » La première observation de Voltaire lui est inspirée par l'idée, inexacte, selon nous, qu'il se fait du caractère de Rodogune. La seconde est juste : oui, ce duo pla ntif entre les deux frères ne fait guère avancer l'action; il est peut-être exagéré cependant de dire qu'il ne produit rien. Voyez l'Introduction.
1090. Cuisant, appliqué souvent à remords :
Je sens au fond du cœur mille remords cuisants.
[China, v. 80:$.)
Corneille dit de même « un mal cuisant » (Cid., v. 128), de « cuisants malheurs » (Cinna, v. 40). un « cuisant chagrin » (Pertharile, v. 1394), comme Rotrou des « travaux cuisants ». {Saint Gcnrsl, III, vu.)
109). u Beaucoup et un peu, cette antithèse n'est pas digne du tragique. » (Voltaire.) Pourquoi? Le mot d'Antiochus, qui espère contre to:itr> espérance),
154 KOD(m;i m .
L espoir ne peut s'éteindre où brûle tant de feu,
Et son reste confus me rend quelques lumières 1095
Pour juger mieux que vous de ces âmes si fières.
Croyez-moi, l'une et l'autre a redouté nos pleurs :
Leur fuite à nos soupirs a dérobé leurs cœurs,
Et si tantôt îeur haine eût attendu nos larmes,
Leur haine à nos douleurs aurait rendu les armes. 1 100
SÉLEUCUS
Pleurez donc à leurs yeux, gémissez, soupirez, Et je craindrai pour vous ce que vous espérez. Quoi qu'en votre faveur vos pleurs obtiennent d'elles, 11 vous faudra parer leurs haines mutuelles,
est bien fait pour le caractériser, et, dans la forme, n'a rien que tic vrri. M. Geruzez en rapproche le vers de Lamartine :
J'aime ; il faut que j'espère.
[M 'éditât ions.)
Combien d'autres beaux vers sur l'espérance on pourrait emprunter à nos poètes modernes, et surtout à Victor Hugo, le plus grand de tous! Mais Antioehus n'est pas un moderne, et la vérité qu'il exprime est à la fois, co nous semble, très simple et délicatement rendue. Il est vrai que Séleucus pourrait lui répondre par la « chute » du sonnet d'Oronte :
On désespère Alors qu'on espère toujours.
« Il n'y a point d'homme plus aisé à mener, a dit Bossuet, qu'un homme qui espère; il aide à la tromperie ». (Pensées chreli<nucs, 24.) Mais l'espérance d'.uiticchus n'a rien d'aveugle ni de riiiicule. « L'amour, aussi bien que le feu, ne peut, subsistor sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre,. » (La Rochefoucauld, Maximes, 75.)
10ÎU. * Un feu où brûle l'espoir I » (Voltaire.) « Corneille no dit point nu feu où brûle l'es/iuir ; nous ne prétendons pas justifier son vers; mais il ne faut lias lui faire dire ce qu'il n'a pas dit. » (Palissot.) 11 semble, en effet, que Voltaire, si pénétrant, ait lu ce vers sans su donner la peine de le comprendre. Où est pour là QU, tliui* le cœur où...
10'.).") « Ce reste confus du feu de l'amour peut-il donner des lumières, farce qu'on si^iti du mot feu pour oxprimrr l'amour? N'est-ce pas abusor • les termes? » (Voltaire. |
1097. Sur l'un et l'autre suivi d'an verbe au singulier, voy. les v. -131 et 1839.
« Il semble que fauteur ait été si embarrassé de cette situation forcée qu'il ait voulu exprès se rendre inintelligible ; uuo fuite qui dérobe des cours &
des BOUpi», une haine qui attend des larmes et (pu rend les armes ! » Voltaire a raison: le langage est ici embarrassé, COSime la situation. Retenons îles vers
prononcés par Antiochus cette simple idée que, par une illusion généreuse, il
ne peut prendre au sérieux les propositions de sa mère 6t de Uodogune, ni se résigner a les haïr.
110 1. « On ne paro point une haine comme on pare un COUp d'épée. » (Voltaire.') Corneille dit « parer la tempête » (Pompée, \. 102), el Molière : « Songeons a parer ce fâcheux mariags. » {Tartuffe, II, iv.) » il fuit arranger ses pièées et ses batteries, avoir un dessein, le suivre, parer celui de son adversaire, " fl,;i Bruyère, vu:.) Pourquoi DS dirait-on pas de même au ligure parer vue haine, comme Saint-Simon, Condillac et Jean-Jacques Rousseau, cites par
M. I. ittre, disent * paitf C6 malheur, parer le mal, etOi <• ?