Sceptrorum vis tota périt, si pendere justa
Incipit evertitque arces respectus honesti. (Lucain, VIII, 489-90.) Le trône a d'autres droits que ceux de la nature. (Œdipe, III, 2.)
107. « Cette maxime horrible n'est point du tout convenable ici : il ne s'agit point du droit des rois contre d'autres rois, ni avec leurs sujets; il ne s'agit que de mériter la faveur de César. Ptolomée est lui-même une espèce de sujet, un vassal, à qui on propose de flatter son maître par une action infâme. Ainsi la dernière partie du discours de Photin pèche contre la raison autant que contre la morale... Narcisse, dans Britannicus, ne dit point à Néron : Commettez un crime, c'est à vous qu'il appartient d'en faire. Il ne débite aucune de ces
La timide équité détruit l'art de régner.
Quand on craint d'être injuste, on a toujours à craindre.
Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre, 110
Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd,
Et voler sans scrupule au crime qui lui sert.
C'est là mon sentiment. Achillas et Septime S'attacheront peut-être à quelque autre maxime : Chacun a son avis; mais, quel que soit le leur, 115
Qui punit le vaincu ne craint point le vainqueur.
ACHILLAS
Seigneur, Photin dit vrai ; mais, quoique de Pompée
Je voie et la fortune et la valeur trompée,
Je regarde son sang comme un sang précieux
Qu'au milieu de Pharsale ont respecté les dieux. 120
maximes d'un air déclamateur. » (Voltaire.) On peut juger que Corneille imite de trop près ici la belle déclamation de Lucain ; le Narcisse de Racine est assurément plus discret que Photin ; mais, pour être juste, il faut distinguer entre la situation d'un affranchi qui doit être avant tout insinuant et souple pour être persuasif, et celle d'un ministre d'Etat, consulté par son roi sur uu sujet où de graves intérêts politiques sont en jeu. 11 Te faut pas oublier non plus qu'on est en Egypte, à la cour d'un petit despote, où cette franchise cynique est moins déplacée. Comparez à ce discours de Photin ceux que Palmiras, ce Photin asiatique, tient au jeune prince Siroès dans le Cosroès <le Rotrou : « La pitié n'est pas la vertu des monarques. » Voir notre Théâtre choisi de Rotrou, poète politique, comme Corneille, et chez qui reviennent bien souvent des maxime analogues :
Le crime quelquefois peut s'employer sans crime. (Belle Alphrède, V, 30
108. Dans Pertharite, Corneille a repris ces maximes cruelles :
La vertu timide est mal propre à régner.
Un roi doit pouvoir tout
Quand les devoirs communs ont d'importunes lois,
La majesté du trône en dispense les rois.
Leur gloire est au-dessus d«s règles ordinaires,
Et cet honneur n'est beau que pour les cœurs vulgaires. (Pertharite, IV, 3, 6.\
101). Rien n'est si dangereux que trop de bonne foi. (Sertorius, IV, 6.)
110. Libertas scelerum est qux reflna invisa turtur Siililatusque modns nladiis : facere omnia s<m- Non impune liert, ruai quum fncis. Excat aida Qui volet esse }dus; virtus et summa potettOB Non coeunt; semper metuet quem sxva pudubunt. (Lucain, III, 491-V9B.)
112. M. Guizot compare Photin au surintendant Kmeri, qui disait eu plein conseil que la bonne foi n'était que pour les marchands, et rappelle L'opinion de Retz, aux yeux de qui un homme d'Etat est nécessairement un malhonnête homme; il en conclut que Voltaire avait trop jugé le temps où vivait Corneille d'après le temps où il vivait lui-même. [Corneille et son temps.)
110. Var. Qui frappe le vaincu ne eralnt point le vainqueur. (1664-16610
117. Achillas ne parle point chez Lucain et se borne à exécuter la décision pri<f. Voyez l'Introduction.