‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 55 sur 420 · De vrai, il est vrai · texte numérisé non relu

De vrai, il est vrai

Ce qu'elle me disait est, de vrai, fort étrange. {Menteur, 1694.)

264. Empoisonner pour corrompre a été souvent employé par Racine :

Pallas de ses conseils empoisonne ma mère. (Britannicus, II, 1.) Ainsi donc jusqu'au bout tu veux m.' empoisonner ! (Phèdre, IV, 6.)

265. Corneille a dit ailleurs : « Son sang que le ciel n'a formé que de boue. » (Don Sanche, 40.)

268. La tournure parler à vous, à moi, à lui, pour vous parler, me parler, lui parler, employée, dit M. Chassang (Grammaire, p. 266), quand on veut insister davantage sur l'idée de la personne, était une des plus usitées de l'ancienne langue française; on s'en servait plus fréquemment au début du xvne siècle qu'aujourd'hui :

Mais il est mon époux, et tu parles à moi. (Polyeucte, 788.)

Avez-vous oublié que vous parlez à moi? (Rodogune, 1286.)

Je ne m'aperçus pas que je parlais à lui. (Horace, 206.)

Monsieur, un homme est là qui veut parler à vous. (Molière, Femmes savantes, III, 3.)

269. Sur ce caractère, parfois comique, de Ptolomée, voyez l'Introduction.

Après lout, c'est ma sœur, oyez sans repartir.

CLÉOPATRE

Ah ! s'il est encor temps de vous en repentir,

Affranchissez-vous d'eux et de leur tyrannie ;

Rappelez la vertu par leurs conseils bannie :

Cette haute vertu dont le ciel et le sang- 275

Enllent toujours les cœurs de ceux de notre rang.

PTOLOMÉE

Quoi! d'un frivole espoir déjà préoccupée,

Vous me parlez en reine en parlant de Pompée ;

Et d'un faux zèle ainsi votre orgueil revêtu

Fait agir l'intérêt sous le nom de vertu! 280

Confessez-le, ma sœur, vous sauriez vous en taire.

N'était le testament du feu roi notre père :

Vous savez qu'il le garde.

CLÉOPATRE

Et vous saurez aussi Que la seule vertu me fait parler ainsi,

271. Après tout, locution familière toute française, que Corneille affectionne et qu'il emploie dans les situations le€ plus pathétiques :

Il est tard, après tout, de m'en vouloir dédire. (Cinna, 137.)

Le verbe ouïr est plus souvent employé par Corneille et ses contemporains que par les moderne», surtout à l'impératif :

Oyez, dit-il ensuite, oyez, peuple, oyez, tous. (Polyeuetc, 840.)

274. Rappelez, revoca fin animumj. Au v. 1044 de Polyeucte, Corneille avait écrit déjà :

Il rappelle un amour à grand peine banni.

Rapjtclcz, rappelez cette vertu sublime. (Cinna, 1345.)

Dans ce dernier exemple, vertu est pris dans le même sens qu'ici, celui du latin virtus, générosité, courage.

276. Au v. 1114, enfler le courage est employé avec une nuance de sens un peu différente, et s'applique à la vanité que César tire de ses victoires. C'est généralement, en effet, l'orgueil, et non, comme ici, la vertu, qui enfle le cœur ; mais alors enfler est pris dans un sens défavorable, tandis qu'ici le sens est : cette noblesse, cette fierté de la race qui agrandit notre âme et l'élève au-dessus des âmes vulgaires.

L'orgueil de ma naissance enfle encor mon courage. (Rodogunc, 1228.)

Le bruit qu'en tous lieux fit sa liauto valeur,

Autant que ma naissance, enfla mon jeune cœur. [Scrtorius. 772.)

Cette idée sur la générosité particulière aux princes, CléopAtre la reprendra et la développera dans la scène i de l'acte II (v. 870 à 376),

1%i. N'était, locution elliptique, pour si ce n'était, s'il n'y avait... Corneille l'emploie dans la tragédie comme dans la comédie :

Tout cela serait peu. n'était quo ma bonté

T'en accorde Dn oubli sans l'avoir mérité. (Mélite, 1067.)

Je le tr0UYail en vous, n'eût été la bai

Qui pour ee cher rival contre moi s'intéresse. (Sortoriux, IV, 2.)

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