‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 56 sur 420 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Et que, si l'intérêt m'avait préoccupée, 285

J'agirais pour César, et non pas pour Pompée. Apprenez un secret que je voulais cacher, Et cessez désormais de me rien reprocher.

Quand ce peuple insolent qu'enferme Alexandrie Fit quitter au feu roi son trône et sa patrie, 290

Et que jusque dans Rome il alla du sénat Implorer la pitié contre un tel attentat, Il nous mena tous deux pour toucher son courage : Vous, assez jeune encor; moi, déjà dans un âge Où ce peu de beauté que m'ont donné les cieux 295

D'un assez vif éclat faisait briller mes yeux. César en fut épris, et du moins j'eus la gloire De le voir hautement donner lieu de le croire; Mais, voyant contre lui le sénat irrité,

Il fit agir Pompée et son autorité. 300

Ce dernier nous servit à sa seule prière, Qui de leur amitié fut la preuve dernière : Vous en savez l'effet, et vous en jouissez. Mais pour un tel amant ce ne fut pas assez : Après avoir pour nous employé ce grand homme, 305

Qui nous gagna soudain toutes les voix de Rome, Son amour en voulut seconder les efforts, Et, nous ouvrant son cœur, nous ouvrit ses trésors: Nous eûmes de ses feux, encore en leur naissance, Et les nerfs de la guerre, et ceux de la puissance; 310

288. Dans le sens propre et étymologique (res, rem, chose), rien veut dire quelque chose et n'a point le sens négatif, quand une négation ne s'y ajoute pas.

289. Ce peuple d'Alexandrie était, en effet, un des plus turbulents qui se pussent voir ; il était composé d'éléments très divers : indigènes, Africains et Orientaux, Grecs, anciens soldats romains qui s'y étaient établis et formaient une sorte de milice bourgeoise fort indisciplinée, esclaves qui de toutes parts s'y réfugiaient comme dans un asile, condamnés à mort, brigands, etc. Voyez César, De bello Civili, CX.

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