‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 67 sur 420 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Et qu'avec Calphurnie un paisible hyménée Par des liens sacrés tient son âme enchaînée?

CLÉOPATRE

Le divorce, aujourd'hui si commun aux Romains,

Peut rendre en ma faveur tous ces obstacles vains: 420

César en sait l'usage et la cérémonie;

Un divorce chez lui fît place à Calphurnie.

CHARMION

Par cette même voie il pourra vous quitter.

CLÉOPATRE

Peut-être mon bonheur saura mieux l'arrêter;

Peut-être mon amour aura quelque avantage 425

Qui saura mieux pour moi ménager son courage.

•417. Calpurnie ou Calphurnie, comme le portent quelques éditions, était la fille de ce L. Calpurnius Pison contre qui Cicéron dirigea le fameux discours ou plutôt la véhémente invective in Pisonem, où il fait précisément intervenir César. Ce fut un mariage politique ; mais Calpurnie fut pour César une femme dévouée, dont il eut le tort de dédaigner l'avis salutaire, aux ides de mars. Après sa mort, elle sacrifîa toute sa fortune pour assurer sa vengeance. Ce n'est

Sas d'elle, c'est de sa première femme, Cornélie, moins irréprochable, que ésar a dit : « La femme de César ne doit pas être soupçonnée. » 419. Chez les Romains, le divorce était la rupture du mariage patricien. Il pouvait être demandé par l'un ou l'autre des conjoints pour incompatibilité d'humeur, ou seulement par consentement réciproque et sans motif allégué. Le libertinage en fit un tel abus que César, dictateur, interdit aux femmes divorcées de se remarier avant six mois ; Auguste porta cette interdiction à dix-huit mois . Néanmoins, il paraît que cette interdiction tomba en désuétude : car Sénèque dit que de son temps il y avait des femmes qui auraient pu compter le nombre de leurs années par le nombre de leurs maris. (Dictionnaire Dezobry.) A l'origine, il n'en était pas ainsi : la dissolution du mariage religieux était fort difficile ; une nouvelle cérémonie sacrée était nécessaire.

421 . Cette cérémonie était la diffarreatio, qui, seule, pouvait détruire les effets de la confarneatio. « Les deux époux qui voulaient se séparer paraissaient pour la dernière fois devant le foyer commun; un prêtre et des témoins étaient présents. On présentait aux époux, comme au jour du mariage, un gâteau de fleur de farine. Mais, sans doute, au lieu de se le partager, ils le repoussaient. Puis, au lieu de prières, ils prononçaient des formules d'un caractère étrange, sévère, haineux, effrayant, une sorte de malédiction par laquelle la femme renonçait au culte et aux dieux du mari. Dès lors, le lien religieux était rompu. » (Fustel de Coulanges, Cité antique, II, 2.)

422. César avait, en effet, répudié Pompeia pour épouser Calpurnie, comme il avait déjà répudié Cossutia pour épouser Cornélie. Calpurnie était donc sa quatrième femme. Au reste; Pompée n'avait rien à lui reprocher sous ce rapport: Cornélie n'était point sa première femme. L'urne de celles qui l'avaient précédée raille, dans Sertorius.

ce privilège acquis aux grandes âmes

De changer à leur gré de maris et de femmes. (III, .)

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