‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 68 sur 420 · Var. Et si jamais le ciel favorisait ma couche · texte numérisé non relu

Var. Et si jamais le ciel favorisait ma couche

De quelque rejeton de cette illustre souche, Cette heureuse union de mon sang et du sien Unirait à jamais son destin et le mien.

Mais laissons au hasard ce qui peut arriver;

Achevons cet hymen, s'il se peut achever,

Ne durât-il qu'un jour, ma gloire est sans seconde

D'être du moins un jour la maîtresse du monde. 430

J'ai de l'ambition, et, soit vice ou vertu,

Mon cœur sous son fardeau veut bien être abattu;

J'en aime la chaleur et la nomme sans cesse

La seule passion digne d'une princesse.

Mais je veux que la gloire anime ses ardeurs, 43o

Qu'elle mène sans honte au faîte des grandeurs;

Et je la désavoue alors que sa manie

Nous présente le trône avec ignominie.

Ne t'étonne donc plus, Gharmion, de me voir Défendre encor Pompée, et suivre mon devoir. 440

Ne pouvant rien de plus pour sa vertu séduite, Dans mon âme en secret je l'exhorte à la fuite, Et voudrais qu'un orage, écartant ses vaisseaux, Malgré lui l'enlevât aux mains de ses bourreaux. Mais voici de retour le fidèle Achorée, 445

Par qui j'en apprendrai la nouvelle assurée.

Comme il n'a plus d'enfants, ces chers et nouveaux gages Me seraient de son cœur do précieux otages. Mais laissons, etc (1G41-I6o0.)

Quoique ces vers fassent allusion à un fait historique, la naissance de César rion, fils de César et de Cléopâtre, Corneille en a senti l'inconvenance et a profondément modifié ce passage dans les éditions postérieures.

M°> . Sans seconde, fin de vers qui reviendra au y. 1057 et que Corneille ne dédaigne pas assez :

Notre gloire, il est vrai, deviendra sans seconde. (Sertorius, 649.)

On sait que Boileau, dans la satire II, a raillé l'abus que les poètes contemporains faisaient de cette expression vague et banale.

431. J'ai df l'ambition; elle le dira encore, dans les mêmes termes, au v. 623. — Ou remplace le second soit, qu'il n'est pas indispensable de répéter ; cette tournure était très usitée an xvw- siècle et, encore aujourd'hui, elle est correcte.

434. Les femmes, chez Corneille, sont trop glorieuses et ambitieuses à froid, surtout dans les dernières pièces : Viriate, .Mandane, Honorie, Ildione, Pulchérie, n'aiment que « par politique ».

437. Manie, pavta, (taCw^ai, sens étymologique de passion furieuse.

Maudite 'ambition ! détestable manie! {Cid, II, 3.)

A l'envi l'un et l'autre étalait sa manie. (Polycuctc. III. 2.)

441. « Il semlile par la phrase qu'il s'agisse de la vertu séduite de Pompée, et c'est de la vertu séduite de Cléopâtre. » (Voltaire.) — « Sa vertu séduite, quoi qu'en <li-<' Voltaire, no peut se rapporter qu'à Pompée, et n'aurait aucun sens si on l'appliquait à Cléopâtre. Que signifie doue sa vertu séduite ? Nous croyons que Corneille s'est mal expliqué, mais qu'il a voulu dire : sa confiance à laquelle on tend un piège, lin effet, Pompée tombe dans le piège que lui tend la perfidie de Ptolomée : sa bonne foi séduite ne rencontre que des assassins ou elle se flattait de trouver un asile, <> (Palissot.J

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