Var. De peur qu'il ne semblât contre une telle offense
Implorer d'un coup d'œil son aide et sa vengeance. (1644-1660.)
520 Xullo gemitu consensit ad ictum,
Despexitque nefas, servatque immobile corpus. (Lucain, V1I1, 619-620.)
Immobile à leurs coups, en lui-même il rappelle
Ce qu'eut de beau sa vie, et ce qu'on dira d'elle,
Et tient la trahison que le roi leur prescrit
Trop au-dessous de lui pour y prêter l'esprit.
Sa vertu dans leur crime augmente ainsi son lustre, 525
Et son dernier soupir est un soupir illustre,
Pompée ne veut point donner raison à ses meurtriers en se montrant par sa lâcheté digne de leurs coups.
521. Une variante donne : « immobile en leurs coups ».— « Immobile n'a et ne peut avoir de régime, car, en toute langue, on n'est immobile ni à quelque chose, ni en quelque chose. » (Voltaire.) « L'expression de Corneille paraîtra moins vicieuse en réfléchissant qu'on peut donner à la préposition à le sens de contre : immobile contre leurs coups. » (Godefroy, Lexique de Corneille.) — Il rappelle; c'est, encore ici, le latin revocare in animum.
Rappelez dans son cœur leurs plus doux entretiens. (Pulchérie, 672.)
522. Voilà un sentiment digne du Pompée de l'histoire, si dominé par l'amour de la gloire et par l'orgueil. L'attitude que Corneille, après Lucain, prête à Pompée, est belle et fière, un peu théâtrale. Mais Lucain. moins discret, développe les réflexions de Pompée en une sorte de discours mental qui n'a pas moins de quatorze vers, et que Brébeuf délaye en vingt-deux.
524. Corneille dit familièrement : prêter l'œil et l'oreille (Illusion comique, V, 5), prêter les yeux (Rodogune, 1585), et : prêter l'esprit, prêter l'âme :
Prêtez à ce récit une âme généreuse. {Œdipe, 686.)
« Le plus grand homme n'est Das indifférent à un pareil moment; il ne croit
fias qu'il soit au-dessous de lui dV penser.» (Palissot.) v'oyez dans l'Introduction es applications que fait M""' de Sévigné de ce passage, qui l'avait évidemment frappée.
5i6. Ce vers semble un souvenir de celui de Lucain : « Seque probat moriens... » (VIII, 621.) Voici comment Brébeuf a traduit tout ce passage :
Près du terme fatal et du moment suprême, Son grand cœur est encor le maître de soi-même. Enfin, voyant briller le fer de tous côtés, Voyant fondre sur lui ces monstres irrités, Son âme. qui d'effroi ne se sent point frappée, Sur son front assuré met d'abord tout Pompée. Se montrant tout entier à ces courages bas, Seul il semble suffire à désarmer leurs bras. Mais, honteux d'affronter un si honteux orage, Sous un pan de sa robe il voile son visage; Honteux de s'exposer à cet indigne effort, Il cache à ses regards l'appareil de la mort; Il se possède en paix au milieu des alarmes. Et son cœur à ses yeux ne p< rmet point les larme». Le barbare Achillas, ce monstre audacieux, Commençant à verser un sang si précieux. 11 semble consentir à cet assaut farouche; Aucuns gémissements n'échappent à sa bouche; îl .-o met au-dessus d'un outrage si grand; Il se tient immobile, et s'éprouve en mourant.
« Voltaire, dit M. Godefroy, commet ici plusieurs méprises qui ont droit d'étonner. H parait ignorer ce que signilie en poésie l'expression de dernier soupir, et il la confond avec les gémissements. Son dernier soupir est un soupir illustre veut dire : son dernier moment, sa mort, fut illustre comme sa vie; ot l'expression est juste autant qu'elle est forte. » Corneille, d'ailleurs, comme Racine, aime à employer illustre en parlant des choses.