PTOLOMÉE, PHOTIN
PTOLOMÉE
J'ai suivi tes conseils ; mais plus je l'ai flattée, 645
Et plus dans l'insolence elle s'est emportée,
trafique, et l'on ne s'étonne point que Corneille l'ait employée aux v. 1043 et 1328 du Menteur; mais il l'emploie aussi dans plusieurs tragédies :
J'y trouverai, comme elle, un joug un peu bien rude. (Othon, 902.) C'est en votre faveur être un peu bien crédule. {Œdipe, 198.)
636. C'est ce qu'a dit Ptolomée lui-même au v. 256. Ironiquement, Cléopâtre lui oppose sa propre maxime.
640. Il semble que, rendre hommage étant une expression toute faite et consacrée, le sien ne soit pas correct : « Le pronom est comme une chose fixe et adhérente, et le nom sans article, ou avec un article indéfini, est comme une chose vague et en l'air, où rien ne se peut attacher. » Aux v. 783 du Cid, 1477 d'Horace, 1070 et 1080 du Menteur, on verra que Corneille ne s'est pas conformé à la règle établie par Vaugelas. Dans Pompée même, au v. 1155, on trouvera un exemple d'une construction analogue.
644. Consultez, délibérez, examinez. — Nous ne croyons point cette scène si froide ni si déplacée que Voltaire veut bien le dire; il nous paraît au contraire que la tragédie de Corneille, comme nous l'avons montré dans notre Introduction, a deux aspects très divers, et que la petitesse de ces intrigues qui passionnent Cléopâtre et Ptolomée font un contraste assez heureux avec la grandeur des événements auxquels sont mêlés Pompée et César. Entre la mort de Pompée et l'arrivée de César, cette conversation du frère et de la sœur est une sorte d'intermède qui repose l'esprit. Il est probable que tel était aussi l'avis de M. Saint-Marc Girardin, qui écrit : « La scène est de la comédie, mais de la haute comédie. » (Cours de littérature dramatique, IV, 65.)
645. Ptolomée a essayé, en effet, de flatter Cléopâtre, en lui faisant entrevoir l'empire du Gange et du Tage; mais on sait de quel ton sa sœur a reçu ces flatteries assez gauches.
Si bien qu'enfin, outré de tant d'indignités,
Je m'allais emporter dans les extrémités :
Mon bras, dont ses mépris forçaient la retenue,
N'eût plus considéré César ni sa venue, 650
Et l'eût mise en état, malgré tout son appui,
De s'en plaindre à Pompée auparavant qu'à lui.
L'arrogante ! à l'ouir elle est déjà ma reine;
Et si César en croit son orgueil et sa haine,
Si, comme elle s'en vante, elle est son cher objet, 655
De son frère et son roi je deviens son sujet.
Non, non; prévenons-la: c'est faiblesse d'attendre
Le mal qu'on voit venir sans vouloir s'en défendre :
Otons-lui les moyens de nous plus dédaigner;
Otons-lui les moyens de plaire et de régner; 660
Et ne permettons pas qu'après tant de bravades
Mon sceptre soit le prix d'une de ses œillades.
PHOTÎN.
Seigneur, ne donnez point de prétexte à César Pour attacher l'Egypte aux pompes de son char.
645. Deui vers plus bas, on verra encore cette tournure aujourd'hui peu commune, s'emporter dans. — « Ils s'emportaient tous les jours dans des excès qui allaient jusqu'au scandale. » (Retz, Mémoires.) Nous avons déjà vu, au v. 834 de Poîyeucte, que Corneille dit aussi s'emporter à.
649. Ptolomée veut dire que les indignités, c'est-à-dire les outrages que lui a prodigués Cléopâtre, ont failli triompher de la modération qu'il s'imposait.
652. Auparavant que, tournure condamnée par Vaugelas et l'Académie. Malgré cette condamnation, Corneille a continué à dire auparavant que et l'on en trouve des exemples dans ses dernières pièces :
Vous me fûtes promise auparavant qu'k lai. {Sophonisbe, 638.)
L'opposition ne saurait être plus complète entre la souplesse spirituelle de Cléopâtre et la brutale sottise de ce petit despote africain, incapable de souffrir la contradiction.
655. On sait qu'au xvne siècle, objet signifiait souvent personne aimée. Corneille abuse de ce mot et l'emploie dans les situations les plus pathétiques : Sévère, désespéré, quitte Pauline en lui disant :
Adieu, trop vertueux objet, et trop charmant. {Poîyeucte, 671.)
658. Rotrou réduira ces deux vers à un seul, plus concis et plus fort :
Quand on peut prévenir, c'est faiblesse d'attendre. (Cosroès, I, 3.)