ACTE III, SCÈNE I
S'il traite avec douceur, s'il traite avec empire ; 2e qu'à nos assassins enfin il a su dire.
ACHORÉE
La tête de Pompée a produit des effets 735
Dont ils n'ont pas sujet d'être fort satisfaits. Je ne sais si César prendrait plaisir a feindre; Mais pour eux jusqu'ici je trouve lieu de craindre: S'ils aimaient Ptolomée, ils l'ont fort mal servi.
Vous l'avez vu partir, et moi je 1 ai suivi '*u
Se; vaisseaux en bon ordre ont éloigne la ville, Et pour joindre César n'ont avancé qu un mille. Il venait à plein voile, et, si dans les hasards Il éprouva toujours pleine faveur de Mars, Sa flotte, qu'à l'envi favorisait Neptune, 7«
Avait le vent en poupe ainsi que sa fortune. Dès le premier abord notre prince étonne Ne s'est plus souvenu de son front couronne:
733 Traiter ne s'emploie plus au neutre, en ce sens. Corneille a dit pouritaot aussi : traiter avec quelqu'un, pour traiter quelquun :
Np vous offensez pas, objet rare et charmant, . .
S?maha°ne avec lui traite nn peu rudement. (Théodore, 466.)
741 Ont éloianè la ville est un solécisme, suivant Voltaire, et, selon Aimé Martin une expression nouvelle, propre à Corneille. Ce n'est ml un ni 1 autre. SnWprisP activement pour s'éloigner, n'est qu'un archaïsme, analogue fommê le Kmarque M. Littré, à la locution qu'on a conservée et qui emploie avZchcr dTla ' même façon : approcher une ville, pour s en approcher. Ména-e qui relève cet emploi chez Malherbe, cite Baïf Bertaut, Desportes, Segrais;' dlns ses Observations, il ajoute: « Il n'y a rien de plus commun dans nos ooètes tant anciens que modernes, que cette façon de parler... S Ion en croit M Hubert, cité par M. Godefroy, dans son Lexique (a la suite d exemples nombreux empruntés aux xn' et xy.Ï« siècles), cette tournure est encore usitée Î!n7ll cenSPde la France. - « C'est l'illusion du nautonier sur sa barque; le Joète exprime le fait apparent au lieu du fait réel. » (Aimé Martin.)
7A3 Et tota secundis
' VeiadsdUCoris (Lucain, IX, 1000-1001.)
A plein voile, à pleines voiles. Vaugelas et Ménage n'admettent voile qu'au féminin mais Vaugelas constate qu'on le fait assez souvent masculin, et
■ permet délire un voile quand il s'agit d'un navire. Au fond, si la
Snftion que propose Ménage n'a pas été adoptée, celle qu'on a établie entre un voUe et une voile semble assez arbitraire C'est pourtant, croyons-nous, le seul passage où Corneille fasse voile du masculin; mais on en trouve plusieurs exemples chez Rotrou.
744. Var. Il éprouva toujours la faveur de son Mars (1644-1666).
747 Sans avoir ici toute l'énergie du sens étymologique attonitus, frappé de la foudre, étonné est moins faible qu'il ne le serait aujourd hui.
748 Ne s'est plus souvenu de son front couronné, tournure remarquable pour . ne s'est plus soutenu que son front portait une couronne, qu il était roi.
Sa frayeur a paru sous sa fausse allégresse ;
1 ouïes ses actions ont senti la bassesse; 750
J en ai rougi moi-même, et me suis plaint à moi
De voir la Plolomée, et n'y voir point de roi;
Et César, qui lisait sa peur sur son visage,
Le flattait par pitié pour lui donner courage.
Lui, dune voix tombante offrant ce don fatal: 755
« Seigneur, vous n'avez plus, lui dit-il, de rival;
Le que n'ont pu les dieux dans votre Thessalie,
Je vais mettre en vos mains Pompée et Cornélié-
En voici déjà l'un, et, pour l'autre, elle fuit;
Mais avec six vaisseaux un des miens la poursuit. » 760
A ces mots Achillas découvre cette tête: Il semble qu'à parler encore elle s'apprête, Qu'à ce nouvel affront un reste de chaleur En sanglots mal formés exhale sa douleur ; Sa bouche encore ouverte et sa vue égarée 765
Rappellent sa grande âme à peine séparée; Et son courroux mourant fait un dernier effort Pour reprocher aux dieux sa défaite et sa mort. César, a cet aspect, comme frappé du foudre, Et comme ne sachant que croire et que résoudre, 770
Pùétwue S™mn' ET"^ ""»?«*?'?* sum- - Da°s ses Remarques sur la poétique d Horace, Dacier critique certains passages du récit d'Achorée au'il juge emphatiques mais pardonne à ce trait, qui rachète, dit-H les faiblesse
savoir' êtrer°roi ' ^^ ^^^ * PmS1^ Ce Pt°l0mée sénile' de ne'p*s
JJi\itDpne V°iX- tomïan!?> d'une v°" qui tombe, qui se fait basse, que la peur *î n four(ïU01 nc dirait-on pas une voix tombante, puisque l'on dit une voix tremblante, une voix mourante ? e"011
IÎpÏÏ7"^°giqUTent\etsilep°ète s'astreignait à suivre la construction réguïfmt'n». iVrS- rU/ VB?V apres le vers suivant' (lu'il complète. Mais Corneille aime ces latinismes (,,uodnon potuere dii), et la tournure est ainsi plus vive - Lucain a dit a peu près de même : F
/Emathiis quod solum defuit armis Exhibct (IX, 1017-1018.)
Jll'^V°iCl déjà l'unC°'iCl déJ« l'f* J'eux; grammaticalement, aujourd'hui, en ne peut se rapporter à des nome de personnes, ce qui n'empêcha pas qu'au
cune règle n'est plus souvent violer. ' l cF»quau
Je connais le tyran, j'en vois le stratagème. (Scrtorius, 965.)
'"* Os in murmura puisant
Singultus animx (Lucain, VIII, 682-83.)
766. Séparée, de son corps; iéparé oe s'emploie guère absolument.