‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 96 sur 420 · SOLDATS ROMAINS, SOLDATS ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

SOLDATS ROMAINS, SOLDATS ÉGYPTIENS

Seigneur, montez au trône, et commandez ici.

795. « Cela est impropre : on met des gardes et on donne des ordres. » (Voltaire.) La poésie ne peut toujours s'astreindre à la froide régularité des constructions que la logique et la grammaire imposent à la prose : ici, la tournure, pour être hardie, n'en est pas moins claire : met des gardes entraine, pour ainsi dire, ce qui suit, et des ordres secrets, c'est-à-dire : des gardes avec des ordres , secrets.

797. D'Egypte, de l'Egypte. Corneille supprime souvent l'article; mais cette suppression est plus rare devant les noms propres.

798. Ce vers est mal venu ; on comprendrait deux constructions seulement : non plus comme ennemi, mais comme beau-père ; ou : non plus comme son ennemi, mais comme son beau-père. Il faut supprimer son dans le second membre de phrase, ou le rétablir dans le premier. — Julie, fille de César, avait été la seconde femme de Pompée. Voyez le v. 2.

800. Osiris, dieu égyptien, frère et époux d'Isis, eut pour fils Horus; il eut aussi de Nephthys un autre fils, Anubis. Osiris et Isis sont deux divinités bienfaisantes, opposées au couple malfaisant de Typhon et de Nephthys. Osiris est le dieu du bien, tout à la fois le Soleil et le Nil ; il a enseigné aux hommes l'agriculture, les lois, le mariage. Typhon lui tendit des pièges, le fit périr et coupa son corps en treize morceaux ; Isis les réunit et leur donna la sépulture. Le bœuf Apis était l'image d'Osiris. (Dictionnaire Dézobry.)

802. Continuez-lui; on trouve une tournure analogue dans Othon:

Je n'empêche point qu'on ne vous continue

Votre toute-puissance au point qu'elle est venue. (733.)

807. L'acte III, le premier où l'action se noue, est tout entier dans deux scènes: ,

CKSAR.

Connaissez-vous César, de lui parler ainsi?

Que m'offrirait de pis la fortune ennemie,

A moi qui tiens le trône égal à l'infamie? 810

Certes, Rome à ce coup pourrait bien se vanter

D'avoir eu juste lieu de me persécuter;

Elle qui d'un même œil les donne et les dédaigne,

Qui ne voit rien aux rois qu'elle aime ou qu'elle craigne,

Et qui verse en nos cœurs, avec l'âme et le sang, 815

Et la haine du nom, et le mépris du rang.

celle où César écrase Ptolomée de son mépris, et celle où il s'élève au niveau de Cornélie. Tout en reconnaissant que le spectateur est charmé de voir ce roi abaissé et confondu, Voltaire écrit : « César joue un peu sur le mot. Quand Ptolomée lui dit : Montez au trône, il veut dire seulement : soyez ici le maître; et non pas : faites-vous couronner roi d'Egypte. » Il est hors de doute que Ptolomée ne peut proposer sincèrement à César la couronne d'Egypte ; mais il ne faut pas oublier qu'il suit les conseils de Photin, et que Photin lui a dit, au v. 701

Remettez en ses mains trône, sceptre et couronne.

Nous ne croyons donc pas que Ptolomée se borne, en quelque sorte, à offrir la place d'honDeur à César; il va plus loin, et veut, comme il nous en a prévenus,

Offrir tout César afin de tout reprendre (718).

808. Sur la manière dont Molière, qui jouait le rôle de César, disait ces vers, voyez l'Introduction. Il faut avouer, d'ailleurs, qu'ils prêtent à la déclamation emphatique; mais peut-être, selon la juste observation de Voltaire, est-il nécessaire d'enfler un peu la grandeur romaine sur le théâtre, comme on place des figures colossales dans de vastes enceintes.

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