i CLNNA
Que ma douleur séduite embrasse aveuglément , Vous prenez sur mon âme un trop [luissant empire ; Durant queliiues moments souffrez que je respire , tt que je considère, en l'état où je suis, Et ce que je liasarde , et ce que je poursuis. Quand je regarde Auguste au milieu de sa gloire, tt que vous reprochez à ma triste mémoire Que par sa propre main mon père massacré L)u trône où je le vois fait le premier degré ' ; Quand vous me présentez cette sanglante image , La cause de ma haine , et l'effet de sa rage , Je ra'abandomie toute à vos ardents transports , lit crois, pour une mort, lui devoir mille morts. Au milieu toutefois d'une fureur si juste, J'aime encor plus Cinna que je ne hais Auguste-, Et je sens refroidir ce bouillant mouvement , Quand il faut , pour le suivre, exposer mon amant. Oui, Cinna , contre moi moi-même je m'irrite , Quand je songe aux dangers où je te précipite. Quoique pour me servir lu n'appréhendes rien , fe demander du sang , c'est exposer le tien : D'une si haute place on n'abat point de tètes Sans attirer sur soi mille et mille tempêtes ; L'issue en est douteuse , et le péril certain : Un ami déloyal peut trahir ton dessein ; L'ordre mal conceilé, l'occasion mal prise,
I Ces désirs rappellent à Emilie le meurtre de son père , et ne le lui «■proclient pas. Il fallait dire, roui me reprochez de ne l'acoir pat encore vengé, et non pas, vous me reprochez sa proscription ; car elle n'est certainement pas cause de cette mort. (V.)
' De bons critiques, qui connaissent l'art et le cœur humain, n'aiment pas qu'on annonce ainsi de sang-froid les sentiments de son cœur : ils veulent que les sentiments échappent à la passion. Ils trouvent mauvais qu'on (i'iAi : J'aime plus celui-ci que je ne hais celui-là ; je sens refroidir mon mouvment bouillant ; je m'irrite contre moi-même, 1 ai de la fureur : ils veulent que cette fureur, cet amour, cette haine , l''s bouillants mouvements , éclatent sans que le personnage vous en averlisse. C'est le grand art de Racine. Ni Phèdre, ni Iphigénie, ni Agrip [•■ne , ni Roiane , ni .Monimc , ne débutent par venir étab'r leurs sentiments secrets dans u:i monologue, et par raisonner sur les intérêts Je leurs passions : mais il faut toujo.irs se souvenir que c'est CorueUle lui a débrouillé l'art, et que si ces amplifications de rhétorique soni un défaut aux yeux des connaisseurs , ce défaut est rrp.irt' par de tn-s- Krandcs beautés. iV.;