‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 12 sur 386 · ACTE 1 , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE 1 , SCÈNE II

Et que mou amitié se plaint de sa paresse. i^-y*'ri6M'i

( Le pagf rculre.) LÉO.NOR.

Madaïue, chaque jour même désir vous presse; Et dans son entretien je vous vols chaque jour Demander en quel point se trouve son amour.

l'infante.

(Ce n'est pas sans sujet ; je i ai presque forcée |A recevoir les traits dont son âme est blessée : Elle aime don Rodrigue , et le tient de ma main , Et par moi don Rodrigue a vaincu son dédain; Ainsi de ces amants ayant formé les chaînes, Je dois prendre intérêt à voir finir leurs pemes.

i,ÉCNOF..

Madame , toutefois parmi leurs bons succès Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'CNcès. Cet amour, qui tous deux les comble d'allégresse , Fait-il de ce grand cœur la profonde tristesse.' El ce grand intérêt que vous prenez pour eux Vous rend-il malheureuse alors qu'ils sont heureux? Mais je vais trop avant , et deviens indiscrète.

l'infante.

Ma tristesse redouble à la tenir secrète. Écoute, écoute enfin comme j'ai combattu , Ecoute quels assauts brave encorma vertu.

L'amour est mi tyran qui n'épargne personne. Ce jeune cavalier, cet amant que je donne , Je l'aime.

LÉONOR

Vous l'aimez !

Mets la main sur mon cœur.

Et vois comme il se trouble au nom de son vainqueur, Comme il le recoimait.

LÉONOR

Pardonnez-moi , madame ,

défaut était commun à toute l'Europe, et les Français seuls s'en son; corrigéi. Plus U est diflicile de lier toutes les scènes , plus cette difficullc vaincue a de iiKirite ; mais 11 ne faut pas la surmonter aux dépens de U vr M<PiiibUnc« et de l'intérêt. C'est un des secrets de ce grand art de la irajçédij , Inconnu encore à la plupart de ciru\ qui l'exerceuL Nonsr;ileii'cnt ou a retraaciiê celle scéoe de lùifantc, inai» on a supprimé leul son rrti';. (V i

30 Lt: CID.

Si je sors du respect pour blâmer c*lte (Ijunrae. Uue grande princesse â ce poinl s'oublier Que d'admettre en son ca'ur un simple cavalier 1 tt que dirait le roi, que dirait la Castille? Vous souvient-il encor de qui vous êtes fille?

l'i>fante.

Il m'en souvient si bien , que j'épandrai mon sang Avant qne je m'abaisse à démentir mon rang. Je te répondrais bien que dans les belles âmes Le seul mérite a droit de produire des flammes; Et, si ma passion cherchait à s'excuser, Mille exemples fameux pourraient l'autoriser : Mais je n'en veux point suivre où ma gloire s'engage ; La surprise des sens n'abat point mon courage; Et je me dis toujours qu'étant fille de roi , Tout autre qu'un monarque est indigne de moi. Quand je vis que mon cœur ne se pouvait défendre, Moi-môme je donnai ce que je n'osais prendre. Je mis , au lieu de moi , Chimène en ses liens , Et j'allumai leurs feux pour éteindre les miens. Ne t'étonue donc plus si mon àme gênée Avec impatience attend leur byménée :

Tu vois que mon repos eu dépend aujomd'liui. Si l'amour vit d'espoir, il périt avec lui, C'est un feu qui s'éteint, faute de nourriture; Et , malgré la rigueur de ma triste aventure, Si Chimène a jamais Rmlrigue pour mari , Mon espérance est morte, et mon esprit guéri.

Je souffre cependant un tourment incroyable. Jus<ques à cet hymen Rodrigue m'est aimable : Je travaille à le perdre , et le perds à regret ; Et de là prend son cours mon déplaisir secret. Je vois avec chagrin que l'amour me contraigne A pousser des soupirs pour ce que je dédaigne ; Je sens en deux partis mou esprit divisé. Si mon courage est haut , mon cœur est embrase. Cet hymen m'est fatal, je le crains et souhaite : Je n'ose en espérer qu'une joie imi^arfaile. Ma gloire et mon amour ont pour moi tant d'appas. Que je meur* s'il s'achève , ou ne s'aclièvc pas

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