SCÈNE PREMIERE
MAXIME, ELTHORBE.
MAXIME
Lui-même il m'a tout dit; leur llamme est mutuelle; 11 adore .Emilie , il est adoré d'elle;
pouvoas dire dei maux soufferts, comme on dit des maux pax.-et- Souf/erU suppose par quelqu'un; les maux qu'elle a soufferts ; il serait à souhaiter que cet. exemple de Corneille eiit fait une règle ; la langue y gagnerait une marche plus rapide. |V.)
' Cet affermissement de Cinna dans son crime , cette fureur d'épousrr Kmilie sur le tombeau d'Auguste , cette persévérance dans la fourberie avec laquelle il a persuadé Auguste de ne point abdiquer ne font espérer aucun remords ; il était naturel qu'il en eût quand Auguste lui a dit qu'il partagerait l'empire avec lui. Le cœur humain est ainsi f.iit, il se laisse toucher par le sentiment présent des bienfaits ; et le spectateur n attend pas d'un homme qui s'endurcit, lorsqu'il devrait être attendri f qu'il s'attendrira après cet endurcissement.
' Ici l'Intérêt change. On détestait Auguste, on s'intéressait beaucoup 3 Cinna : maintenant c'est Qnna qu'on hait; c'est en faveur d'Auguste que le Cdur »e ileckirc. iV.}
ACTt m , SCÈNE I. 201
Mais s.in3 venger son père il n'y peut aspirer , Et c'est pour l'acquérir rpi'il nous fait conspirer.
EIPIIORBE.
Je ne m'étonne i>Ius de cette violence
Dont il contraint Auguste à garder sa puissance :
La ligue se romprait s'il s'en était démis ,
Et tous vos conjurés deviendraient ses amis.
MAXIME
Ils servent à l'envi la passion d'un homme Qui n'agit que pour soi , feignant d'agir pour Rome; Et moi , par un malheur qui n'eut jamais d'égal , Je pense servir Rome, et je sers mon rival !
i;i;piiouBE.
Vous êtes son rival ?
MAXIME
Oui , j'aime sa maîtresse. Et l'ai caché toujours avec assez d'adresse ' ; Mon ardeur inconnue , avant que d'éclater, Par quelque grand exploit la voulait mériter : Cependant par mes mains je vois qu'il me l'enlève; Son dessein fait ma perte, et c'est moi cpii l'achève; J'avance des succès dont j'attends le tréi)as , Et pour ra'assassiner jelui prête mon liras. Que l'amitié me plonge en un malheur extrême!
EUPHOliBE.
L'issue en est aisée, agissez pour vous-même ; D'un dessein qui vous perd rompez le coup fatal , Gagnez une maîtresse, accusant un rival *. Auguste, à qui par là vous sauverez la vie, Ne vous pourra jamais refuser .Emilie.
■ Ces vers de comédie , et cette manière froide d'exprimer qu'il est n- TatdeCinna, ne contribuent pas peu à l'avilissement de ce personnage. L'amour qui n'est pas une grande passion n'est pas ttiéàtral. J'ai toujours remarque que cette scène est froide au théâtre ; la raison en est que l'amour de Maxime est insipide : on apprend au troisième acte que ce Maxime est amoureux. Si Oresle, dans Andromaqtte , n'était rival de Pyrrlius qu'au troisième acte, la pièce ierait froide. L'amnur de Maxime ne fait aucun effet, et tout son rôle n'est que celui d'un liclic, sans aucune passion théâtrale. iV.)
' Il semble, par la construction, que ce soit Emilie qui accuse : il fallait ûji accusant , pour lever l'tquivoque ; légère inadvertance qui ce fait aucun tort, l V.)
Î02 CLNNA.
MAXIME
Quoi ! trallir mon ami !
ELl'lIOREE.
L'amour rend tout pcniiis ; L'n véritable amant ne connaît point d'amis ' ; Et même avec justice on peut trahir un traître Qui pour une maîtresse ose trahir son maître. Oubliez l'amitié, comme lui les bienfaits.
M.VXIUE.
C'est un exemple à fuir que celui des forfaits.