EUPHORBE
Contre un si noir dessein tout devient légitime; On n'est point criminel quand on punit un crime.
H.VXIME.
Ln crime par qui Rome obtient sa liberté !
Ell'nOKI'.F..
Craignez tout d'un esprit si plein de làciieté. L'intérêt du pa> s n'est point ce qui l'engage ; Le sien , et non la gloire , anime son courage. Il aimerait César , s'il n'était amoureux , lit n'est enfin qu'ingrat , et non pas généreux.
Pensez- vous avoir lu jusqu'au fond de son ànie.' Sous la cause publique il vous cachait sa flamme, Kt peut cacher encor sous cette passion Les détestables feux de son ambition.
Peut-être qu'il prétend , après la mort d'Octave , Au lieu d'affranchir Rome, en faire son esclave ; Qu'il vous compte déjà pour un de ses sujets , Ou que sur votre perle il fonde ses projets.
MAXIME
Mais comment l'accuser sans nonmier tout le reste? A tous nos conjurés l'avis serait funeste, Et par là nous verrions ind gnement trahis Ceux qu'engage avec nous le seul bien du pays. D'un si lâche dessein mon âme est incapable : 11 perd trop d'innocents pour punir un coupable.
' Kn général , ces maximes et ce terme de irritable amant sont lires des romans de ce temps-la , et surtout de l' ^strée , où l'on eiaiiune sérieusement ce qui constitue le vOritable amant. Vous no trouverei Jamais ni ces maximes ni ces mots, vtrltul'lcs amants , vrais aiiianU' <!jiis ll.irj;ic. (V.)
ACTL 111, SCLNE I. 203
J'ose loul contre lui , mais je crains tout pour eux.
KLI'IIOKBf,.
Auguste s'est lassé d'ôlre si rigoureux; Kn ces occasions , ennuyé de supplices, Ayant puni les chefs, il pardonne aux complices. Si toutefois pour eux vous craignez son courroux , Quand vous lui parlerez , parlez au nom de tous.
MAXIUE.
Nous disputons en vain , et ce n'est <pie folie '
De vouloir par sa perte acquérir .Emilie;
Ce n'est pas le moyen de plaire à ses beaux yeux
Que de priver du jour ce qu'elle aime le mieux.
l'our moi , j'estime peu qu'Auguste me la donne ;
Je veux gagner son ca?ur plutôt que sa peisoime * ,
ïA ne fais point d'état de sa possession,
Si je n'ai point de part à son affection.
Puis-je la mériter j)ar une triple offense?
Je trahis son amant, je détruis sa vengeance;
Je conserve le sang qu'elle veut voir périr ^ ;
tt j'aurais quelque espoir «lu'elle me put cliérir !
EUl'UORBE.
C'est ce qu'a dire vrai je vois fort diflicile ^. L'artifice pourtant vous y i>eut et e utile; Il en faut trouver un cpii la puLsse abuser, Lt du reste le temps en jwurra disposer.
MAXIME
Mais si pour s'excuser il nomme sa complice. S'il arri\e qu'Auguste avec lui la (lunissi-, Puis-je lui demander, jiour prix de mon r.ippoil,
' Ce R'est que folie , vers comique, lndij,'iie de- la tragédie. l'Iuirc n ses beaux yeux, expfcssion fade. Ce qu'elle aime le mieux, ciuorr pire. (V.)
' Remarquez qu'on ne s'intt'ressc jamais à un amant qd'un e>t m'ip (|iii fera rebuté. Pourquoi Oreste Intéreise-t il dans Jndioinaqne ' c'c^-t «pn' Racine a eu le grand art de faire espérer qiiOreste serait aimé. Un auKMil toujours rebuta par sa mailrcise l'est toujours aussi par le speclalciir. a moins qu'il ne respire la fureur de la vengeance. l'oint de vraies traf:odles .sans grandes passions. (V.)
» l'érir un sang est un barbarisme. Ces fautes sont d'autant |)liis se ities que la icène e^t froide. (V.)
* Cette manière de répondre ft une nlilrctlnn prrssantc sent un peu pi is l. valel de comédie <|iie le confident tragique. (V.)
2<W ClNTiA.
Celle qui nous oblige à conspirer sa mort ?
ECPIIORBE.
Vous pourriez in'opposer tant et de tels obstacles Que pour les surmonter il faudrait des miracles; J'espère, toutefois, qu'à force d'y rêver...
MAXIME
Éloigne-toi ; dans peu j'irai te retrouver : Cinna vient, et je veux en tirer quelque chose ' , l'our mieux résoudre après ce que je me propose.