‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 142 sur 386 · UME · texte numérisé non relu

UME

Votre sévérité , sans produire aucun fruit ,

Seigneur, jusqu'à présent a fait beaucoup de brnit;

Par les peines d'^un autre aucun ne .s'iiitiiuide -.

Salvidien à bas a soulevé Lépidc ;

Murène a succédé , Cépion l'a suivi :

Le jour à tous les deux dans les tourments ravi

N'a point mêlé de crainte à la fureur d'Égnace,

Dont Cinna maintenant ose prendre la place;

Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjecl.-^

Ont voulu s'ennoblir par de si bauts projets.

Après avoir en vain puni leur insolence ,

Essayez sur Cinna ce que peut la clémence ;

Faites son châtiment de sa confusion ,

Cbercbez le plus utile en cette occasion :

Sa peine peut aigrir une ville animée ;

Son pardon peut servir à votre renommée;

Et ceux que vos rigueurs ne font qu'effaroucher

Peut-être à vos boutés se laisseront toucher.

AUGCSTE.

Gagnons-les fout à fait en quittant cet empire Qui nous r(yd odieux , contre qui l'on conspire. J'ai trop par vos avis consulté là-dessus ; Ne m'en parlez jamais , je ne consulte plus.

Cesse de soupirer, Rome , pour ta franchise ; Si je t'ai mise aux fers , moi-même je les brise , Et te rends ton État, après l'avoir conquis , Plus paisible et plus grand que je ne le l'ai pris : Si tu veux me haïr, hais-moi sans plus rien feindre- Si tu me veux aimer , aime-moi sans me craindre • De tout ce qu'eut Sylla de puissance et liMionneur, Lassé comme il en fut , j'aspire à son bonheur.

222 Cl.N.XA.

LIVIE

Assez et trop lojiglenips son exemple vous flatlo ; Mais gardez que sur vous le contraire n'éclate : Ce bonheur sans pareil qui conserva ses jours >'e serait pas bonheur s'il arrivait toujours.

ACGLSTE.

Kh bien ! s'il est trop grand , si j'ai tort d'y prétendre. J'abandonne mon sang à qui voudra l'épandre. Après un long orage il faut trouver un port ; Et je n'en vois que deux , le repos , ou la mort.

UVIE.

Quoi 1 vous voulez quitter le fruit de tant de peines !

AIGISTE.

Quoi 1 vous voulez garder l'objet de tant de haines !

LIVlE.

Seigneur, vous emporter à cette extrémité , C'est plutôt désespoir que générosité.

AICISTE.

Régner et caresser une main si traîtresse, Au lieu de sa vertu , c'est montrer sa faiblesse.

UTIE.

C'est régner sur vous-même, et , par un noble chois , Pratiquer la vertu la plus digne des rois.

AIGLSTE.

Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme' ; Vous me tenez parole , et c'en sont là, madame.

Après tant d'ennemis à mes pieds abattus , Depuis vingt ans je règne , et j'en sais les vertus • ; Je sais leur divers ordre, et de quelle nature Sont les devoirs d'un prince en cette conjoncture : Tout son peuple est blessé par un tel attentat , • Et la seule pensée est un crime d'État , Une offense qu'on fait à toute sa province, Dont il faut qu'il la venge, eu cesse d'être prince \

' Ce que Corneille fait dire à .Vujjuste est contraire à l'iiistoire. Cxori çratias egit, dit Sénèque le pUlosophe, dont le sujet de Cinna est tire. (V.)

2 On peut dire, les vertus des rois . des capitaines, des magistrats, mais non les vertus de régner, de combattre , déjuger. (V.)

' La rime de prince n'a que celle de province en substantU : cette indigence est ce qui contribue davantage à rendre souvent la versification (rançaise faible, lanfuissaule et forcée. Corncilk csl oblige de

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