SCÈNE l
iEMlLIE, FULVIE.
EMILIE
D'où me vient cette joie, et que mal à propos
mettre toute sa province , po\iT rimer il prince ; et toute in province est une expression biea faible, surtout quand il s'agit de l'einiiire romain. (V.)
* Cest l'amour des giatidt-urs qui vous rend importune, augmente encore la faute qui consiste à faire rejeter par Auguste un Ircs-bon conseil, qu'en effet il accepte. ^ V.)
' I.a scène reste vide; c'est un grand défaut aujoiird'lmi, et dans lequel miJme les plus médiocres auteurs ne tombent pas. Mais Corneille est le premier qui ait pratiqué cette règle si belle et si nécessaire ■de lier les scènes, et de ne faire paraître sur le théâtre aucun personnage sans une raison évidente. Si le législateur manque ici A la loi qu'il a Introduite, il est assurément bien e\cus.il>ie. 11 n'est pas vraisemblable qu'Émdic arrive avec sa confidente pour parler de la conspiration dans la méine chambre dont Auguste sort ; ainsi elle est supposée :>arler dans un autre appartement. , V.l
22i CJNNA.
Mon esprit malgré moi goûte un entier repos ' 1
César mande Cinna sans me donner d'alarmes!
Mon coeur est sans soupirs , mes yeux n'ont point de larme" t
Comme si j'apprenais d'un secret mouvement
Que tout doit succéder à mon contentement !
Ai-je bien entendu. •> me l'as-tu dit, Fulvie?
FCLVIE.
J'avais gagné sur lui qu'il aimerait la vie,
Et je vous l'amenais , plus traitable et plus doux ,
Faire un second effort contre votre courroux ;
Je m'en applaudissais, quand soudain Polyclète,
Des volontés d'Auguste ordinaire interprète ,
Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit ,
Et de sa part surl'beure au palais l'a conduit.
Auguste est fort troublé, l'on ignore la cause;
Chacun diversement soupçonne quelque chose ;
Tous présumant qu'il ave un grand sujet d'ennui ,
Et qu'il mande Cinna ponr prendre avis de lui.
Mais ce qui m'embarrasse, et que je viens d'apprendre,
C'bSt que deux inconnus se sont saisis d'Évandre ,
Qu'Euphorbe est arrêté sans qu'on sache pourquoi ,
Que môme de son maître on dit je ne sais quoi :
On lai veut imputer un désespoir funeste ;
On parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du reste.
iEMILIE.
Que de sujets de craindre et de désespérer,
Sans que mon triste cœur en daigne murmurer 1
A chaque occasion le ciel y fait descendre
Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre :
Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler;
Et je suis insensible alors qu'il faut trembler.
Je vous entends , grands dieux ! vos boutés que j'adore Ne peuvent consentir que je me déshonore ; Et, ne me permettant soupirs , sanglots , ni pleurs , Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs. Vous voulez que je meure avec ce grand courage Qui m'a fait entreprendre un si fameux ouvrage; Et je veux bien périr comme vous l'ordonnez,
' On ne voit pas trop d'où lui vient cette prétendue Joie; c'était .'i» eonlr;iiro le moment des plus terribles inquiétudes. (V.)
ACTI: IV, SCENh V. 225
VA dans la môme assiette où vous me retenez.
O Iit>erté de Rome ! 6 mânes de mon père ! J'ai fait de mon côté tout ce que j'ai pu faire : Contre votre tyran j'ai ligué ses amis. Et plus osé pour vous qu'il ne m'était permis. Si l'effet a manqué , ma gloire n'est pas moindre; N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre. Mais si fumante encor d'un géni'reux courroux , Par un trépas si noble et si digne de vous, Qu'il vous fera sur l'heure aisément recoimaîtie Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître.