SCÈNE V
MAXIMF, , .-EMILIE, FULVIE.
.EilIUE.
Mais je vous vois , Maxijue , et l'on vous faisait mort ' '.
Euphorbe trompe .\>iguste avec ce faux rapport; Se voyant arrêté, la trame dé(ou\erle.
Il a feint ce trépas pour empèclier ma perte.
.t:vii.iF..
Que dit-on de Cinna?
MAXIME
Que son plus grand regret C'est de voir que César sait tout votre secret ; En vain il le dénie et le veut méconnaître , Évandre a tout conté pour excuser son maître , Et par l'ordre d'.\ugiiste on vient vous arrêter.
.ÎMILIE.
Celui qu. l'a rof u tarde à l'exécuter ;
Je suis prête à le suivre, et lasse de l'attendre.
M\xniE.
U vous attend chez moi.
' Ne dissimulons rien, celle résurrection de .Maxime n'est pas u:u Invention heureuse. Corneille n'a p.ns prétendu faire un coup de tlicàtre , ninis il pouvait éTllcr cette apparition inattendue d'un homme qu'on «roit mort, et dont on ne désire point du tout la vie; il *lail fort inutile à la pièce que son esclave Euphorbe eût feint que son maître s'était noyé. (V >
226 CLN.NA
EMILIE
Chti vous!
C'est vous surprendre :
Mais apprenez le soin que le ciel a de vous; C'est un des conjurés qui va fuir avec nous. Prenons notre avantage avant qu'on nous poursuive ; Nous avons pour partir un vaisseau sur la ri\ e.
EMILIE
Me counais-tu , Maxime , et sais-tu qui je suis -
MAXIME
En faveur de Cinna je fais ce que je puis ' , Et tâche à garantir de ce malheur extrême La plus helle moitié qui reste de Ini-môme.
Sauvons-nous , .£m;lie , et conservons le jour , Afin de le venger par un heureux retour.
tMlLlE.
Cinua dans son malheur est de ceux qu'il faut suivre, Qu'il ne faut pas venger, de i>eur de leur sur\ ivre ' : Quiconque après sa perte aspire à se sauver Est indigne du jour qu'il tâche à conserver.
MAXIME
Quel désej>iK)ir aveugle à ces fureurs vous porte? O dieux ! que de faiblesse eu une âme si forte! Ce cœur si généreux rend si peu de combat, Lt du premier revers la fortune l'abat ! Happele/ , laiipelcz cette vertu sublime. Ouvrez enfin les yeu\ , et connaissez Maxime : C'est un autre Cinna (pi'en lui vous regardez; Le ciel vous rend en hii l'amant que vous perdez; Et puis<iue l'amitié n'en faisait plus qu'une âme ^ , Aimez en cet ami loltjel de votre llanime ; Avec la mèine ardeur il saura vous chérir. Que...
' Maxime Joue le rôle d'un misL'rable ; pourquoi l'auteur, pouvant l'ounoblir, l'a-l-il rendu si basi'apparcuimeiit il cherchait un contraste ; mais de tels contrastes ne pcu\tut tnicre rt'ussir que dans la comédie- (V-)
' De peur de leur surcirrc veut dire , parce qu'il serait honteux Je leur ïurviv rc.
^ L'aulrur veut dire ; Ciiiita et Maxime n'^ivaient qu'une ame.