SCÈNE PREMIERE
AUGUSTE, CINN.\.
ALGISTE.
Prends un siège, Cinna, prends, et sur toute chose ^
• On se soucie forl peu que cet esclave Euphorbe soit mis en croix ou non. Cet acte est un peu deftctucux dans toutes ses parties; la difliculté d'en faire cinq est si grande , lart était alors si peu connu , qu'il serait injuste de condamner Corneille. (V.)
' On ne peut pas aire en dépit demo/icrime comme on dit maUjré mon crime, quel qu'ait été mon crime , parce qu'un crime n'a peint de dépit. On dit bien en dépit de ma haine , de mon amour , parce <iue les passions se pcrsonnilient. (V.)
^ Sede , inquit, Cinna; hoc primtim a te pcto ne Inqucntcm interpelles. Toute cette scéucest de Séncf^ie li- philosophe, l'ar quel prodig; de l'art Corneille a-t-il surpassé Sénèquc, comme dans les lloraces il a été plus nervcu,\ que Tite Livc ? C'est la le privilège de la belle poésie, et un de ces exemples qui conlamnent bien fortement ces dcu.i auteurs, d'.Vubignac et la Motte , qui ont voulu faire des triigédics en prose :
230 UNNA.
Observe exatlemeul la loi que je t'impose :
Prêle , sans me troubler , loreille à mes discours ;
D'aucun mot, d'aucun cri , n'en interromps le cours;
Tiens ta langue captive ; et si ce grand silence
A ton émotion fait quelque violence ,
Tu pourras me répondre après tout à loisir :
Sur ce point seulement contente mon désir.
CISNA.
Je vous obéirai , seigneur.
AUGISTE.
Qu'il te souvienne De garder ta parole , et je tiendrai la mienne.
Tu vois le jour, Cinna; mais ceux dont tu le liens Furent les ennemis de mon père , et les miens : Au milieu de leur camp tu reçus la naissance; Lt lorsque après leur mort tu vins en ma puissance, Leur liaine enracinée au milieu de ton sein T'avait mis contre moi les armes à la main ; Tu fus mon ennemi même avant que de iiaitre, Et tu le fus encor quand tu me pus connaître, tl linclination jamais n'a démenti Ce sang (jui t'avait fait du contraire parti : Autant que tu l'as pu les effets l'ont sui\ ie ; Je ne m'en suis vengé qu'en te donnant la Nie; Je te lis prisonnier pour te combler de biens; Ma cour fut ta prison , mes faveurs tes liens; Je te restituai d'abord ton patrimoine; Je l'enrichis après des dépouilles d".\ntoine , Kt tu sais <(ue depuis , à cliacjue occasion , Je suis tombé |)Our toi dans la profusion ; Toutes les dignité.* que tu mas demandées , Je te les ai sur 1 heure et sans peine accordées ; Je t'ai préféré même à ceux dont les parents Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs, A ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire ,
d'Aubignac, homme sans l:>lcnts, qui, pour avoir mal éladif letlicâlrc, croyait pouvoir faire une bonne tragédie dans la prose la plus plate; la Motte , homme d'esprit et de génie , qui , ayant trop négligé le style et la langue dans la poésie, pour laquelle il avait bcauroup de talent, voulut faire des tragédies en prose , parce que la prose eit plu» aisée qi.c la pocsic. (V.)