‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 168 sur 386 · ACTE I, SCE.W: iV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCE.W: iV

Se résout quelquefois à leur faire justice.

FÉLIX

11 Tient ici lui-même. ^

PALLl.NE.

Il vient :

FÉLIX

Tu le vas voir.

PACLINE.

C'en est trop ; mais comment le pouvez-vous savoir?

FÉMX.

Albin l'a rencontré dans la i)roclie campaj^ne; Un gros de courtisans en foule l'accompagne, Et montre assez quel est son rang et son crédit : Mats, Albin, redis-lui ce que ses gens t'ont dit.

ALBIN

Vous savez quelle fut celte grande journée

Que sa perte pour nous rendit si fortunée,

Ou l'empereur captif, par sa main dégagé ,

Rassura son parti déjà découragé ,

Tandis que sa vertu succomba sous le nombre ;

Vous savez les honneurs qu'on fit faire à son ombre ' ,

Après qu'entre les morts on ne put le trouver :

Le roi de Perse aussi l'avait fait enlever».

Témoin de ses hauts faits et de son grand courage,

Ce monarque en voulut connaître le visage;

On le mit dans sa tente , où , tout percé de coups ,

Tout mort qu'il paraissait , il fit mille jaloux ;

Là, bientôt il montra quelque signe de ^^e :

Ce prince généreux en eut lame ravie ,

Et sa joie , en dépit de son dernier malheur.

Du bras qui le causait honora la valeur;

Il en fit prendre soin , la cure en fut secrète ;

Et comme au bout d"un mois sa santé fut parfaite,

Il offrit dignités, alliance , trésors ,

Et pour gagner Sévère il fit cent vains efforts.

Après avoir comblé ses refus de louange ,

\l envoie à Décie en proposer l'échange ;

Et soudain l'empereur, transporté de plaisir,

• Il faudrait , qu'on rendit. ( V. )

' Ce récit est trop dans la forme d'une relation: c'est dans ces détails qu'il faut dépioycr les rirliesscs rt les ressources de la langue. (VJ

262 rOLVtLCTL.

OfTi e au Perse son frèi e , et cent chefs à diuistr . Ainsi revint au camp le valeureux Sévère De sa haute vertu recevoir le salaire ; La faveur de Décie en fut le digne priv. De nouveau l'on combat, et nous sommes surpris. Ce mallieur toutefois sert à croître sa gloire ; Lui seul rétablit l'ordre , et gagne la victoire , Mais si belle , et si pleine , et par tant de beaux fais, Qu'on nous offre tribut , et nous faisons la paix. L'enii)ereur, qui lui montre une amour infinie , Après ce grand succès l'envoie en Arménie; 11 vient en apporter la nouvelle eu ces lieux , Et par un sacrifice en rendie hommage aux dieux.

FEUX

O ciel 1 en qiieJ clat ma fortune est réduite !

ALBIN

Voilà ce que j'ai su d'un homme de sa suite, f j'ai couru , seigneur, pour vous y disposer '.

FÉLIX

Ah ! sans doute , ma fille , il vient pour t'épouser ; L'ordre d'un sacrifice est pour lui peu de chose, C'est un prétexte faux dont l'amour est la cause.

PAULLNE.

Cela pourrait bien être; il m 'aimait chèrement.

FÉLIX

Que jie permettra-t-il à sou ressentiment ? Et jusques à quel point ne porte sa vengeance Une juste colère avec tajit de puissance ? Il nous perdra, ma fille.

PAtJUSE.

11 est trop généreux.

FÉLIX

Tu veux flatter en vain un père malheureux ; Il nous perdra , ma fille. .\li I regret qui me tue I te n'avoir pas aimé la vertu toute nue ! Ail , Pauline ! en effet , tu m'as trop obéi ; Ton couraj;e éLiit bon, ton devoir l'a trahi : Que la rcbcUiou m'eilt été favorable 1

' Ce disposer ne se rapporte à rien . il vcul dire, pvur rojii dî.-iiuser If recevoir. iV.)

ACTL I, SCL.NL IV. 203'

Q l'clle m'eùl ijaranli d'un état déplorable ! Si <iiiel!|ue espoir me reste , il n'est i)liis aujourd'hiti Qu'en l'absolu pouvoir qu'il te donnait sur lui ; Ménage en ma faveur l'amour qui le possède, tt d'où provient mon ma! fais sortir le remède '.

l'AlLINE.

Moi! mol ! que je revoie un si puissant vainqueur, Et m'expose à des yeux qui me percent le cœur! Mon père, je suis femme, et je sais ma faiblesse; Je sens déjà mon cœur qui pour lui s'intéresse , Et poussera sans doute , en dépit de ma foi , Quelque soupir indigne et de vous et de moi. Je ne le verrai point.

FÉLIX

Rassure un peu Ion âme.

PAULINE

11 est toujours aimable, et je suis toujours femme; Dans le pouvoir sur moi que ses regards oiU eu , . ,, ■. Je n'ose ra'assurer de toute ma vertu.

Je ne le verrai point.

11 faut le voir, ma fille; Ou tu trahis ton père et toute ta famille.

PALLINE.

C'est à moi d'obéir, puisque vous commandex; ,

Mais voyez les périls où vous me hasarde/..

FÉLIX

Ta vertu m'est connue.

paili.m;.

Elle vaincra sans doute; Ce n'est pas le succès (jue mon àme redoute : Je crains ce dur combat et ces troubles puissante Qii; fait déjà chez moi la révolte des sens; .M is, puisqu'il faut combattre un ennemi que j'aime, Souffre/ que je me puisse armer contre moi-même, ht (ju'un peu de loisir me prépare à le voir.

■ Félii ilRvail-11 craindre qu'un courtisan poli d'un eniporL-urjusle vint pcr-iéculcr le plVi' et la fille , parce <iu'il n'a pas épouse' l'auluie ? ne serail-ce pas eu partie la raison pour laquelle l'hôtel de KanibouiUet et le earJin:!! de Ricbelicu r":f;isOrent leur siUTraije à l'olyciicte .' v V. ■

2C4 POLYEUCTE

FÉLIX

Jusqu'an-devaDt des murs je vais le recevoir • :

Rappelle cependant tee forces étonnées ,

Et songe qu'en tes mains lu tiens nos destinées.

PAULINE

Oui, je vais de nouveau dompter mes sentiments , Pour servir de victime à vos commandements.

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