ACTE I, SCE.W: iV
Se résout quelquefois à leur faire justice.
FÉLIX
11 Tient ici lui-même. ^
PALLl.NE.
Il vient :
FÉLIX
Tu le vas voir.
PACLINE.
C'en est trop ; mais comment le pouvez-vous savoir?
FÉMX.
Albin l'a rencontré dans la i)roclie campaj^ne; Un gros de courtisans en foule l'accompagne, Et montre assez quel est son rang et son crédit : Mats, Albin, redis-lui ce que ses gens t'ont dit.
ALBIN
Vous savez quelle fut celte grande journée
Que sa perte pour nous rendit si fortunée,
Ou l'empereur captif, par sa main dégagé ,
Rassura son parti déjà découragé ,
Tandis que sa vertu succomba sous le nombre ;
Vous savez les honneurs qu'on fit faire à son ombre ' ,
Après qu'entre les morts on ne put le trouver :
Le roi de Perse aussi l'avait fait enlever».
Témoin de ses hauts faits et de son grand courage,
Ce monarque en voulut connaître le visage;
On le mit dans sa tente , où , tout percé de coups ,
Tout mort qu'il paraissait , il fit mille jaloux ;
Là, bientôt il montra quelque signe de ^^e :
Ce prince généreux en eut lame ravie ,
Et sa joie , en dépit de son dernier malheur.
Du bras qui le causait honora la valeur;
Il en fit prendre soin , la cure en fut secrète ;
Et comme au bout d"un mois sa santé fut parfaite,
Il offrit dignités, alliance , trésors ,
Et pour gagner Sévère il fit cent vains efforts.
Après avoir comblé ses refus de louange ,
\l envoie à Décie en proposer l'échange ;
Et soudain l'empereur, transporté de plaisir,
• Il faudrait , qu'on rendit. ( V. )
' Ce récit est trop dans la forme d'une relation: c'est dans ces détails qu'il faut dépioycr les rirliesscs rt les ressources de la langue. (VJ
262 rOLVtLCTL.
OfTi e au Perse son frèi e , et cent chefs à diuistr . Ainsi revint au camp le valeureux Sévère De sa haute vertu recevoir le salaire ; La faveur de Décie en fut le digne priv. De nouveau l'on combat, et nous sommes surpris. Ce mallieur toutefois sert à croître sa gloire ; Lui seul rétablit l'ordre , et gagne la victoire , Mais si belle , et si pleine , et par tant de beaux fais, Qu'on nous offre tribut , et nous faisons la paix. L'enii)ereur, qui lui montre une amour infinie , Après ce grand succès l'envoie en Arménie; 11 vient en apporter la nouvelle eu ces lieux , Et par un sacrifice en rendie hommage aux dieux.
FEUX
O ciel 1 en qiieJ clat ma fortune est réduite !
ALBIN
Voilà ce que j'ai su d'un homme de sa suite, f j'ai couru , seigneur, pour vous y disposer '.
FÉLIX
Ah ! sans doute , ma fille , il vient pour t'épouser ; L'ordre d'un sacrifice est pour lui peu de chose, C'est un prétexte faux dont l'amour est la cause.
PAULLNE.
Cela pourrait bien être; il m 'aimait chèrement.
FÉLIX
Que jie permettra-t-il à sou ressentiment ? Et jusques à quel point ne porte sa vengeance Une juste colère avec tajit de puissance ? Il nous perdra, ma fille.
PAtJUSE.
11 est trop généreux.
FÉLIX
Tu veux flatter en vain un père malheureux ; Il nous perdra , ma fille. .\li I regret qui me tue I te n'avoir pas aimé la vertu toute nue ! Ail , Pauline ! en effet , tu m'as trop obéi ; Ton couraj;e éLiit bon, ton devoir l'a trahi : Que la rcbcUiou m'eilt été favorable 1
' Ce disposer ne se rapporte à rien . il vcul dire, pvur rojii dî.-iiuser If recevoir. iV.)
ACTL I, SCL.NL IV. 203'
Q l'clle m'eùl ijaranli d'un état déplorable ! Si <iiiel!|ue espoir me reste , il n'est i)liis aujourd'hiti Qu'en l'absolu pouvoir qu'il te donnait sur lui ; Ménage en ma faveur l'amour qui le possède, tt d'où provient mon ma! fais sortir le remède '.
l'AlLINE.
Moi! mol ! que je revoie un si puissant vainqueur, Et m'expose à des yeux qui me percent le cœur! Mon père, je suis femme, et je sais ma faiblesse; Je sens déjà mon cœur qui pour lui s'intéresse , Et poussera sans doute , en dépit de ma foi , Quelque soupir indigne et de vous et de moi. Je ne le verrai point.
FÉLIX
Rassure un peu Ion âme.
PAULINE
11 est toujours aimable, et je suis toujours femme; Dans le pouvoir sur moi que ses regards oiU eu , . ,, ■. Je n'ose ra'assurer de toute ma vertu.
Je ne le verrai point.
11 faut le voir, ma fille; Ou tu trahis ton père et toute ta famille.
PALLINE.
C'est à moi d'obéir, puisque vous commandex; ,
Mais voyez les périls où vous me hasarde/..
FÉLIX
Ta vertu m'est connue.
paili.m;.
Elle vaincra sans doute; Ce n'est pas le succès (jue mon àme redoute : Je crains ce dur combat et ces troubles puissante Qii; fait déjà chez moi la révolte des sens; .M is, puisqu'il faut combattre un ennemi que j'aime, Souffre/ que je me puisse armer contre moi-même, ht (ju'un peu de loisir me prépare à le voir.
■ Félii ilRvail-11 craindre qu'un courtisan poli d'un eniporL-urjusle vint pcr-iéculcr le plVi' et la fille , parce <iu'il n'a pas épouse' l'auluie ? ne serail-ce pas eu partie la raison pour laquelle l'hôtel de KanibouiUet et le earJin:!! de Ricbelicu r":f;isOrent leur siUTraije à l'olyciicte .' v V. ■
2C4 POLYEUCTE
FÉLIX
Jusqu'an-devaDt des murs je vais le recevoir • :
Rappelle cependant tee forces étonnées ,
Et songe qu'en tes mains lu tiens nos destinées.
PAULINE
Oui, je vais de nouveau dompter mes sentiments , Pour servir de victime à vos commandements.