‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 184 sur 386 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Comment s'est terminé ce pompeux sacrifice? Ces rivaux généreux au temple se sout vus?

STHATONIGE.

Ail, Pauline!

PAULINE

Mes vœux ont-ila été déçus?

J'en vois sur ton visage une mauvaise marque. Se sont-ils querellés ?

STRATOMCE.

Polyeucte, Néarque, Les clirétiens...

PAULINE

Parle donc : les chrétiens...

STRATONICE

Je ne puis.

PAULINE

Tu prépares mon âme à d'étranges ennuis.

STRATOMCE.

Vous n'en sauriez avoir une plus juste cause.

PAULINE

L'ont-ils assassiné?

STRATOMCE.

Ce serait peu de chose.

Tout votre songe est vrai, Polyeucte n'est plus...

PAULINE

Il est mort !

STRATONICE

Non , il vit; mais , ô pleurs superllus ! Ce courage si grand , cette àiue si divine, N'est plus digne du jour, ni digne de Pauline. Ce n'est plus cet époux si charmant à vos yeux ; C'est l'ennemi commun de l'État et des dieux , Un méchant , un infâme, un rebelle, un perfide , Un traître, un scélérat, un lûclie, un parricide. Une peste exécrable à tous les gens de bien , Un sacrilège impie, en un mut, un clirétien.

VAULINE.

Ce mot aurait suffi sans ce lorient d'injures '.

' La réponse de Pauline isl belle, cl répare, Incuntiixeot le riJicule pfoiluit par cet entassement d'injures. (V.)

282 POLYEL'CTE.

STKATOXICE.

Ci's Litres aux cliréliens sont-ce des impostures?

PAULINE

Il 3j! ce que tu dis , s'il embrasse leur foi ; Mais il est mon époux , el tu parles à moi.

STU.VTOMCE.

Ne considérex plus que ce Dieu qu'il adore.

PAULINE

Je l'amiai par devoir; ce devoir dure encore.

STKATOMCE.

Il VOUS donne à présent sujet de le haïr;

Qui trahit tou.i nos dieux aurait pu vous trahir.

PAULINE

Je l'aimerais encor, quand il m'aurait trahie; Et si de tanl d'amour tu peux être ébahie ' , Apprends que mon devoir ne dépend point du sien : Qu'il y manque , s'il veut ; je dois faire le mien. Quoi 1 s'il aimait ailleurs, serais-je dispensée A suivre, à son exemple , une ardeur insensée ? Quelque chrétien qu'il soit, je n'en ai point d'horreur: Je chéris sa personne , et je hais son erreur. Mais quel ressentiment en témoigne mou père ?

STRATONieE.

Une secrète rage, un excès de colère, Malgré qui toutefois un reste d'amitié Montre pour Polyeucte encor quelque pitié, /l ne veut point sur lui (aire agir sa justice % Que du traître Néarque il n'ait vu le supi)lice.

PAULINE

Quoi! Xéarque eu est doue?

STRATONICE

Néarque l'a séduit; De leur vieille amitié c'est là l'indigne fruit. Ce perfide tantôt, en dépit de lui-même , L'arrachant de vos bras , le traiuait au baptême.

• Ébahie ne s'emploie que daas le bas comique; ]c crois qu'un a iiiu l<i place :

Je l'aimerai* encor, m'eûl-il abarnlonnèe, El >i de tant d'amour tu pir.iis ttoniiee.... ( V.)

' Celj ni'sl pas français ; U faut agir contre lui, ou dèclnvr jii

ACTli Ilf, SCÈNE IJ. Ml

Voilà ce grand secret et si mystérieux

(^•ne n'en pouvait tirer votre amour curieux.

l'ALLINi:.

Tu me blâmais alors d'ôtrc trop importune.

STU.XTONICE.

Je ne piévoyais pas une telle infortune.

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