‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 185 sur 386 · P.\ILI>E · texte numérisé non relu

P.\ILI>E

Avant qu'abandonner mon âme à mes douleurs,

Il me faut essayer la force de mes pleurs ' ;

En qualité de femme ou de fille, j'espère

Qu'ils vaincront un épou\ , ou (léchiront un père.

Que si sur l'un et l'antre ils manquent de pouvoir,

Je ne i)rendrai conseil que de mon désespoir.

Ajtprends-moi cependant ce qu'ils ont fait au temple.

STRATO.MCE.

C'est une impiété qui n'eut jamais d'exemple. Je ne puis y penser sans frémir à l'instant , Et crains de faire un crime en vous la racontant. Apprenez en deux mots leur brutale insolence.

Le prêtre avait à peine obtenu du silence , Et devers l'orient assuré son aspect, Qu'ils ont fait éclater leur manque de respect. A chaque occasion de la cérémonie , A l'envi l'un et l'antre étalait sa manie. Des mystères sacrés liautemeul se moquait, El traitait de méjjris les dieux tpi'on invoquait. Tout le peuple en murmure, et Féli\ s'en offense ; Mais tous deux s'emportant à plus d'irrévérence : •■ Quoi 1 lui dit Polyeucte en élevant sa voix , " .\dorez-vous des dieux ou de pit rre ou de bois ? » Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes Qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes ' : L'adultère et l'inceste en étaient les plus doux. « Oyez, dit-il ensuite, oyez , peuple ; oyez tous ^ :

' 11 faut le pouvoir. (V.)

' Corneille emploie indifféremment Cfl adverbe jn-i/nr avec uncsclsaiw S. Les pol'tes , tant gc^iiés d'ailleurs, peuvent avoir la libertiS d'ùler et da- V)iiter une $ à ce mot. (V.)

3 Oi/ez n'est plus eiupJoyé qu'au barreau : on a conservé ce mol cD Angleterre; les huissiers disent oiss sans savoir ce qu'Us discal. Nous n'avons gardé de ce verbe que l'inlinitif ouïr ; el nous disions autrefois oijrr. Les sessions de rechiquier de Normandie s'appelaient Cj/er el terviincr. (V.)

lU POLYEucre.

« Le Dieu de Polyeucte et celui de Néaiqiie

« De la terre et du ciel est l'absolu monarque,

« Seul être indépendant , seul maître du destin ,

« Seul principe éternel , et souveraine fin.

<i C'est ce Dieu des chrétiens qu'il faut qu'on remercie

« Des victoires qu'il donne à l'empefcur Décie ;

« Lui seul tient en sa main le succès des combats :

•< Il le peut élever, il le peut mettre à bas ;

'< Sa bonté , son pouvoir, sa justice est immense ;

•< C'est lui seul qui punit , lui seul qui récompense :

« Vous adorez en vain des monstres impuissants. »

Se jetant à ces mots sur le \in et l'encens ,

Après en avoir mis les saints vases par terre ,

Sans crainte de Félix , sans crainte du tonnerre ,

D'une fureur pareille ils courent à l'autel.

Cieux ! a-t-ou vu jamais , a-t-on rien vu de tel !

Du plus puissant des dieux nous voyons la statue

Par une main impie à leurs pieds abattue :

Les mystères troublés , le temple profané ,

La fuite et les clameurs d'un peuple mutiné

Qui craint d'être accablé sous le courroux céleste.

Félix... Mais le voici qui vous dira le reste '.

rVLLINE.

Que son visage est sombre et plein d'émotion ! Qu'il montre de tristesse et d'indignation !

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