SÉVÈRE , FABIAN
SÉVÈRE
Qu'est ceci, Fabian? quel nouveau coup de foudre Tombe sur mon bonheur, et le réduit en poudre ! Plus je l'estime près , plus il est éloigné ; Je trouve 'oui perdu quand je crois tout gagné; Et toujours la fortune , à me nuire obstinée , Tranche mon espérance aussitôt qu'elle est née; Avant qu'offrir des vœux je reçois des refus : Toujours triste , toujours et honteux et confus De voir que lâchement elle ail osé renaître, Qu'encor plus lâchement elle ait osé paraître ; Et qu'une femme enfin dans la calamité Me fasse des leçons de générosité.
Votre belle âme est haute autant que malheureuse , Mais elle est inhumaine autant que généreuse , Pauline; et vos douleurs avec trop de rigU[?ur D'un amant tout à vous tyrannisent le cœur. C'est donc peu de vous perdre , il faut que je vous donne; Que je serve un rival lorsqu'il vous abandonne ; Et que , par un cruel et généreux effort , Pour vous rendre en ses mains je l'arrache à la mort.
FABIAX.
Laissez à son destin cette ingrate famille ; Qu'il accorde , s'il veut , le père avec la fille , Polyeucte ef Félix , l'épouse avec l'époux : D'un si cruel effort quel prix espérez-vous?
■ 11 n'est point du tout naturel que Pauline sorte sans recevoir ani; réponse qu'elle attend avec tant d'empressement. Mai* le dernier vers est si beau , et en môme temps si adroit , qu'il fait tout parilouuer. (V.)