‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 22 sur 386 · L'INFAME, CHIMÈMÎ, LI^O.NOP · texte numérisé non relu

L'INFAME, CHIMÈMÎ, LI^O.NOP

l'im'ame.

Apaise, ma Chimène, apaise ta douleur ; Fais agir ta constance en ce coup de malheur; Tu reverras le calme après ce faible ora^e ; Ton bonheur n'est couvert que d'un peu de nii:i;4e, Ft tu n'as rien [)erdu pour le voir dilliirer.

CHlMÉNÈ.

Mon cu'ur, outré d'ennuis, n'ose rien espérer.

Un orage si prompt qui trouble une bonaçe f^^vX/AN

U'un naufrage certain nous iH)rte la menare;

Je n'en saurais douter, je pévii dans le port.

J'aimais, j'étais aimée , et nos pères d'accord ;

Ft je vous en contais la charmante nouvelle,

Au malheureux moment que naissait leur q\u r 'Ile ,

>)ont le récit fatal , sitôt iju'oii vous !'a fait,

D'une si douce attente a ruiné l'efict.

Maudite ambition , détestable manie ,

Dnnt les [ilus généreux souffrent la tyrannie!

Ilitnneur impito\able à mes plus chers désirs,

Que lu \;is me coûter de |)lcurs cl de soupirs!

l'i.m,v.nïe.

Tu n'as lans leur (juerelle aucun sujet de crain.'re • Un moment l'a fait iiiulu-, un m wiicni \a l"elc.i;tlro.

*4 LE Cll>.

Elle a fait trop de bniit pour ne pas s'accorder. Puisque déjà le roi les vent accommoder; Et tu sais que mon àme, à tes ennuis sensible^ Pour en tarir la source y fera l'impossible.

CHIMÈNE

Les accommodements ne fout rien en ce point ; De si mortels affronts ne se réparent point. En vain on fait agir la force ou la pnidence ; Si l'on guérit le mal, ce n'est qu'en apparence : La haine que les cœurs conservent au dedans Nourrit des feux cachés, mais d'autant plus ardents.

Le saint nœud qui joindra don Rodrigue et Chimèue Des pères ennemis dissipera la haine ; Et nous verrons bientôt votre amour le plus fort Par un heureux hymen étouffer ce discord.

CHIMÈNE

Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère : Don Diègue est trop altier, et je connais mon pèie. Je sens couler des pleurs que je veux retenir; Le passé me tourmente, et je crains l'avenir.

l'infante.

Que crains-tu? d'un vieillard l'impuissante faiblesse ?

ciiimène.

Rodrigue a du courage.

l'infante.

Il a trop de jeunesse.

CHIMÈNE

Les hommes valeureux le sont du premier coup.

l'infante.

Tu ne dois pas pourtant le redouter beaucoup ; Il est trop amoureux pour te vouloir déplaire ; Et deux mots de ta bouche arrêtent sa colère.

CniMÈNE.

S'il ne m'obéit point , quel comble à mon ennui '. Et , s'il peut m'obéir, que dira-t-on de lui .' Étant né ce qu'il est, souffrir un tel outrage! Soit qu'il cède ou résiste au feu qui me l'engage, Mon esprit ne peut qu'être ou honteux ou ronfua De son trop de resi)ect , ou d'ua juste refus.

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