‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 21 sur 386 · LE COMTE, D. RODRIGUE · texte numérisé non relu

LE COMTE, D. RODRIGUE

D. RODRIGUE

A moi, comte, deux mots.

LE COMTE

Parle.

D. ROURICLE.

Ole-moi d'nn doule.

Connais-tu bien don Diè^iue ?

LE COMTE

Oui.

D. RODRIGUE

Parlons bas; écoute.

Sdis-lu que ce ViriHard fut la môme vertu , La vaillance et l'honneur de son temps? le sais-tu ?

LE COMTE

Peut-être.

D. RODRIGUE

Cette ardeur (jue dans les yeux je porte , Sais-tu fjue c'est son sang ? le sais-tu ?

LE COMTE

Que m'importe?

D. RODRir.UE.

A quatre pas d'ici je te le fais savoir.

Jeune présomptueux!

D. RODRIGUE

Parle sans t'émouvoir.

" Je suis jeune , il est vrai ; mais aux âmes bien nées La valeur n'attend point le nombre des années.

LE COMTE

Te mesurer à moi ! qui t'a rendu si vain , Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main?

D. RODRIGUE

Mes pareils à deux fois ne se font point connaître ,

i-i LL CID.

Et [loiir leurs coups d'essai veulent des coiiiis de uiailre.

lE COMTE.

Sais-tu bien qui je sui??

D. ROURIGIE.

Oui ! tout autre que aïoi Au seul bruit de tou nom pourrait trembler d'effroi. Les jialmes dont je vois ta tète si couverte Semblent porter écrit le destin de ma perte. J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur; Mais j'aurai trop de forc«, ayant assez de cœur. A (;ui venge son père il n'est rien d'impossible. Ton bras est invaincu ' , mais non pas invincible.

LE COMTE

Ce grand cœur qui {)arait aux discours que tu tiens

Par tes yeux , cha(iue jour, se découvrait aux miens;

Et, croyant voir en toi l'iionneur de la Castille,

Mou âme avec [ilaisir te destinait ma fille.

Je sais ta passion , et suis ravi de voir

Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir,

Qu'ils n'ont point affaibli celte ardeur magnanmie,

Que ta liante vertu répond à mou estime ;

Et que, voulant pour gendre un cavalier parfait ,

Je ne me trompais point au cboix que j'avais fuit.

.Mais je sens que pour toi ma pitié s'intéresse;

J'admire ton courage , et je plains ta jeunesse.

Xe cberche point à faire un coup d'essai fatal ;

Dispense ma valeur d'un combat inégal;

Trop peu d'iionneur pour moi suivrait cette \ ictoire :

A vaincre sans péril , on triompbe sans gloire.

On te croirait toujours abattu sans effort ;

Et j'aurais seulement le regret de ta mort.

' Ce mot invaincu n'a point Ole employé par les autres écrivains; je n'en vois aucune raison : il signiûe autre cliosc qn'indomptè. Un pays est indompte; un guerrier est invaincu. Corneille l'a encore employé dans les Jloraccs. 11 y a un dictionnaire d'ortliofraplie où il est dit qu'(«laincu est un barbarisme. Non; c'est un terme hasardé et nécessaire. H y a deux sortes de barbarismes, celui des mots et celui des phrases. ICgaliscr les fortunes , pour égaler les fortunes ; au parfait, au lieu imparfaitement; éduqucr, pour donner de l'éducation , elevrr . voilà des barbarismes de mots Je crois de bien faire, au lieu de je crois bien faire , encenser aux dieux , pour encenser les dieux ; je lyius aime tout ce qu'on peut aimer; voilà des barbarismes de phrases (V.)

ACTK IJ, .Sn.NE III. ^«3

D. RODllICie.

D'une indigne pitié ton audace est suivie :

Qui m'ose ôter l'honneur craint de ni'Oter la vie !

LE COMTK.

Krlire-loi d'ici.

D. KOUKIGLE,

Marciions sans discourir.

LE COMTE

Ks-tn si las de vivre?

D. KODUICLE. . ,' ,

As-tu peur de mourir?

LE COMTE

Aieiis, tu fais ton devoir; et le tils dégénère (Jui survit un moment à l'honneur de son iière.

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