‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 225 sur 386 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Cliacuii a son avis; mais, «juel que soit le leur, Qui punit le vaincu ne craint point le vainqueur.

ACUILLAS.

Seigneur, Pliotin dit vrai ; mais , quoique de Pompée

Je voie et la fortune et la valeur trompée,

Je regarde son sang comme un sang précieux,

Qu'au milieu de Pharsale ont respecté les dieux.

Non qu'en un coup d'État je n'approuve le crime ;

Mais , s'il n'est nécessaire , il n'est point légitime :

Et quel besoin ici d'une extrême rigueur !

Qui n'est point au vaincu ne craint point le vainqueur

Neutre jusiju'a présent, vous pouvez l'être encore; *

Vous pouvez adorer César, si l'on l'adore.

Mais , quoique vos encens le traitent d'immortel ,

Cette grande victime est trop pour son autel ;

Et sa tète immolée au dieu de la victoire

Imprime à votre nom une tache trop noire :

Ne le pas secourir suffit sans l'opprimer.

En usant de la sorte , on ne vous peut blâmer.

Vous lui devez beaucoup ; par lui Rome animée

A fait rendre le sceptre au feu roi Ptolomée :

Mais la recomiaissauce et l'hospitalité

Sur les âmes des rois n'ont qu'un droit limité.

Quoi que doive un monarque , et dùtil sa couromie,

11 doit à ses sujets cncor plus qu'à personne,

Et cesse de devoir, quand la dette est d'un rang

A ne point s'acquitter qu'aux dépens de leur sang '.

S'il est juste d'ailleurs que tout se considère,

Que hasardait Pompée en servant votre père?

Il se voulut par là faire voir tout-puissant ,

Et vit croître sa gloire en le rétablissant.

Il le servit enfin , mais ce fut de la langue ;

La bourse de César fil plus que sa harangue ^.

Sans ses mille talents. Pompée et ses discours

' Une dette est trop forte, trop grande, clic n'est pas d'un rang a ne point s'acquitter qu'aux; ce point est de trop, jamais on ne remploie que dans le seas absolu: je n'irai point. Je n'irat qu'à celte condition. (V.)

* La langue, la bourse, sont des expressions trop famili-ires. Voyez comme il est difûcilc de dire noblement les petites choses, et comme U est aisé de traiter les autres avec emphase, l.e grand art des ver" consiste à n'être jamais ni ampoulé, ni bas. {V.j .q

l'our rentrer en Egypte étaient un frou] secours • . Qu'il ne vante donc plus ses mérites frivoles , Les effets de César valent bien ses paroles : Ktsi c'est un bienfait qu'il faut rendre aujourd'hui, Comme il parla pour vous vous parlerez pour lui. Ainsi vous le pouvez et devez reconnaître. Le recevoir chez vous, c'est recevoir un maître , Qui, tout vaincu qu'il est, bravant le nom de roi , Dans vos propres États vous donnerait la loi.

Fermez-lui donc vos ports , mais épargnez sa tête. S'il le faut toutefois , ma main est toute prête ; 3'obéis avec joie , et je serais jaloux Qu'autre bras que le mien portât les premiers coup».

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