‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 240 sur 386 · ACTE IF, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IF, SCÈNE IV

Imputerait à crime un si juste courroux.

PTOLOMÉE

SiCIéopàtre vit, s'il la voit, elle est reine.

PUOTIN.

Si Cléopatre meurt , votre perte est certaine.

PTOLOJIKE.

Je perdrai qui me perd , ne pouvant me sauver.

PIIOTIN.

Pour la perdre avec joie il faut vous conserver '.

PTOLOMÉE

Quoi ! pour voir sur sa tête éclater ma couronne.' Sceptre , s'il faut enfin que ma main t'abandonne , Passe, passe plutôt en celle du vainqueur.

PHOTIN

Vous l'arracherez mieux de celle d'une sœur. Quelques feux que d'abord il lui fasse paraître , 11 partira bientôt, et vous serez le maître. L'amour à ses pareils ne donne point d'ardeur Qui ne cède aisément aux soins de leur grandeur ; Il voit encor l'Afrique et l'Espagne occupées Par Juba, Scipion , et les jeunes Pompées ; Et le monde à ses lois n'est point assujetti , Tant qu'il verra durer ces restes du parti. Au sortir de Pharsale un si grand capitaine Saurait mal son métier s'il laissait prendre lialeino , Et s'il donnait loisir à des cœurs si hardis De relever du coup dont ils sont étourdis : S'il les vainc, s'il parvient où son désir aspire, 11 faut qu'il aille à Rome établir son empire, Jouir de sa fortune et de son attentat, Et changer à son gré la forme de l'État. Jugez durant ce temps ce que vous pourrez faire. Seigneur, voyez César, forcez- vous à lui plaire; Et , lui déférant tout , veuillez vous souvenir Que les événements régleront l'avenir.

Remettez en ses mains trône , sceptre , couronne , Et, sans en murmurer, souffrez qu'il en ordonne : Il en croira sans doute ordonner justement , En suivant du feu roi l'ordre et le testament ;

' Cet avec Joie est ridicule : Il devait dire , pour la perdre S'U'S tous nuire, pour vous vnçer avec sxlrctc. ^V. )

L'importance d'ailleurs de ce dernier service

Ne permet pas d'en craindre une entière injustice.

Quoi qu'il en fasse enfin , feignez d'y consentir,

Louez son jugement , et laissez-le partir.

Après , quand nous verrons le temps propre aux vengeances

Nous aurons et la force et les intelligences.

Jusque-là réprimez ces transports violents

Qu'excitent d'une sœur les mépris insolents :

Les bravades enfin sont des discours frivoles,

Et qui songe aux effets néglige les paroles.

PTOLOMÉE

Ah! tu me rends la vie et le sceptre à la fois :

Un sage conseiller est le bonheur des rois.

Cher appui de mon trône, allons sans plus attendre,

Offrir tout à César, afin de tout reprendre ;

Avec toute ma flotte allons le recevoir,

Et par ces vains honneurs séduire son pouvoir '.

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