ACTE IF, SCÈNE IV
Imputerait à crime un si juste courroux.
PTOLOMÉE
SiCIéopàtre vit, s'il la voit, elle est reine.
PUOTIN.
Si Cléopatre meurt , votre perte est certaine.
PTOLOJIKE.
Je perdrai qui me perd , ne pouvant me sauver.
PIIOTIN.
Pour la perdre avec joie il faut vous conserver '.
PTOLOMÉE
Quoi ! pour voir sur sa tête éclater ma couronne.' Sceptre , s'il faut enfin que ma main t'abandonne , Passe, passe plutôt en celle du vainqueur.
PHOTIN
Vous l'arracherez mieux de celle d'une sœur. Quelques feux que d'abord il lui fasse paraître , 11 partira bientôt, et vous serez le maître. L'amour à ses pareils ne donne point d'ardeur Qui ne cède aisément aux soins de leur grandeur ; Il voit encor l'Afrique et l'Espagne occupées Par Juba, Scipion , et les jeunes Pompées ; Et le monde à ses lois n'est point assujetti , Tant qu'il verra durer ces restes du parti. Au sortir de Pharsale un si grand capitaine Saurait mal son métier s'il laissait prendre lialeino , Et s'il donnait loisir à des cœurs si hardis De relever du coup dont ils sont étourdis : S'il les vainc, s'il parvient où son désir aspire, 11 faut qu'il aille à Rome établir son empire, Jouir de sa fortune et de son attentat, Et changer à son gré la forme de l'État. Jugez durant ce temps ce que vous pourrez faire. Seigneur, voyez César, forcez- vous à lui plaire; Et , lui déférant tout , veuillez vous souvenir Que les événements régleront l'avenir.
Remettez en ses mains trône , sceptre , couronne , Et, sans en murmurer, souffrez qu'il en ordonne : Il en croira sans doute ordonner justement , En suivant du feu roi l'ordre et le testament ;
' Cet avec Joie est ridicule : Il devait dire , pour la perdre S'U'S tous nuire, pour vous vnçer avec sxlrctc. ^V. )
L'importance d'ailleurs de ce dernier service
Ne permet pas d'en craindre une entière injustice.
Quoi qu'il en fasse enfin , feignez d'y consentir,
Louez son jugement , et laissez-le partir.
Après , quand nous verrons le temps propre aux vengeances
Nous aurons et la force et les intelligences.
Jusque-là réprimez ces transports violents
Qu'excitent d'une sœur les mépris insolents :
Les bravades enfin sont des discours frivoles,
Et qui songe aux effets néglige les paroles.
PTOLOMÉE
Ah! tu me rends la vie et le sceptre à la fois :
Un sage conseiller est le bonheur des rois.
Cher appui de mon trône, allons sans plus attendre,
Offrir tout à César, afin de tout reprendre ;
Avec toute ma flotte allons le recevoir,
Et par ces vains honneurs séduire son pouvoir '.