‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 253 sur 386 · ACTE IV, SCKNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCKNE

El lie tout mon pouvoir combattu sa colère-

PTOLOMÉE

Vous êtes généreuse ; et j'avais attendu Cet office de sœur que vous m'avez rendu. Mais cet Ulustre amant vous a bientôt quittée '.

CIÉOr.\TRE.

Sur quelque brouillcrie , en la ville excitée ^ ,

Il a voulu lui-même apaiser les débats

Qu'avec nos citoyens ont eus quelques soldats ;

Et moi , j'ai bien voulu moi-même vous redire

Que vous ne craigniez rien pour vous ni votre empire ;

Et que le grand César blâme votre action

Avec moins de courroux que de compassion.

Il vous plaint d'écouter ces lâches politiques

Qui n'inspirent aux rois que des mœurs tyranniques.

Ainsi que la naissance, ils ont les esprits bas ;

En vain on les élève à régir des États :

Un C(rur né pour servir sait mal comme on commande ;

Sa puissance l'accable alors qu'elle est trop gramle ;

Et sa main, que le crime en vain fait redouter,

Laisse choir le fardeau qu'elle ne peut porter.

PTOLOMÉE

Vous dites vrai, ma sœur, et ces efi'eLs sinistres

Me font bien voir ma faute au choix <le mes ministres.

Si j'avais écouté de plus nobles conseils ,

Je vivrais dans la gloire où vivent mes pareils ;

Je mériterais mieux cette amitié si pure

Que pour un frère ingrat vous donne la nature ;

César embrasserait Pompée en ce palais ;

ne s'intéresse ni ft lui ni à Cléopûtrc ; on se soucie peu que Ptoléméc ail vécu dans la gloire où vivaient ses pareils, cl qu'il demande la grâce de Pholin; mais le plus grand défaul, c'est qu'à ce quatnèiueacte une nouvelle pièce commence. Il s'agissait d'abord de la mort de Pompée; on veut acluellement assassiner César , parce qu'on craint qu'ilne fasse mettre en croix les ministres du roi. Le péril raéinc de César n'est pas assez grand pour que cette nouvelle tragédie intéresse. Ce n'est point comme dans Cinna , où les mesures des conjurés sont bien prises ; on ne craint ici pour personne , on ne s'intéresse à personne.

' Es*-ce de l'ironie? parlc-t-il sérieusement? (V.) — La scène précédente prouve assez que Ptolémée ne parle pas sérieusement ; il ne veut que fe'uidre, et tromper Cléopâtre. (P.)

' Brouillerie •• ce mot trop familier ne doit Jamais entrer dans la tragédie. ^V.^

Notre Egypte à la terre aurait rendu la paix , Et verrait son monarque encore à juste titre Ami de tous les deux , et peut-être l'arbitre. Nfais , puisque le passé ne peut se révoquer, Trouvez bon qu'avec vous mon cœur s'ose evplifpier.

Je vous ai maltraitée, et vous êles si bonne , Que vous me conservez la vie et la couronne '. Vainquez-vous tout à fait ^ ; et, par un digne effort, Arrachez Aclullas et Pliotin à la mort : Elle leur est bien due; ils vous ont offensée ; -Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée : Si César les punit des crimes de leur roi, Toute l'ignominie en rejaillit sur moi : Il me punit en eux ; leur supplice est ma [K^ne. Forcez, en ma faveur, une trop juste liaiue. De quoi peut satisfaire un cœur si généreux Le sang abject et vil de ces deux malheureux ? Que je vous doive tout : César cherche à vous plaire , Et vous pouvez d'un mot désarmer sa colère.

CLÉOPATRE

Si j'avais en mes mains leur vie et leur trépas,

Je les méprise assez pour ne m'en venger pas ;

Mais sur le grand César je puis fort peu de chose,

Quand le sang de Pompéï à mes désirs s'oppose.

Je ne me vante pas de pouvoir le fléchir;

J'en ai déjà parlé , mais il a su gauchir;

Et, tournant le discours sur une autre matière,

H n'a ni refusé ni souffert ma prière.

Je veux bien toutefois encor m'y hasarder ,

Mes efforts redoublés pourront mieux succéder;

Et j'ose croire...

PTOLOMÉE

Il vient ; souffrez que je l'évite :

Je crains que ma présence à vos yeux ne l'irrite,

' Est-ce de l'ironie? mais, soit qu'il raille, soit qu'il parle sérions ment, il s'exprime en termes bien bas, ou du moins bien familières. ("V.)

* VainqucZ'Vous tout à fait , eCC-

et quelques vers plus bas :

Mais il a su gauchir ,

Et , tournant le discours sur une autre tnatière , etc.

Toutes cipressions qu'on doit éviterj elles sont trop famUitaes. (VJ

ACTL IV, SCÈNE m. 375

Que son courrouv ému ne s'aigrisse à ine voir; El vous agirez seule avec plus de pouvoir.

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