ACTE 1, SCÈNE IV. tll
DOIlAfITE.
Quelle place ?
CLITO.N.
Royale; et l'autre y loge aussi.
Il n'en sait pas le nom , mais j'en prendrai souci .
DORANTE
Ne te mets point, Cliton , en peine de l'apprendre. Celle qui m'a parlé , celle qui m'a su prendre , C'est Lucrèce , c« l'est sans aucun contredit , Sa beauté m'en assure , et mon cœur me le dit.
CLlTO.N.
Quoique mon sentiment doive respect au vôtre , La plus belle des deux , je crois que ce soit l'autre '.
DORANTE
Quoi ! celle qui s'est tue , et qui dans nos propos N'a jamais eu l'esprit de mêler quatre mots.'
Monsieur, quand une femme a le don de se taire, Elle a des qualités au-dessus du vulgaire ; C'est un effort du ciel qu'on a peine à trouver; Sans un petit miracle il ne peut l'achever; Et la nature souffre extrême violence Lorsqu'il en fait d'humeur à garder le silence. Pour moi , jamais l'amour n'inquiète mes nuits ; Et, quand le cœur m'en dit, j'en prends par où je puis : Mais naturellement femme qui se peut Uiire A sur moi tel pouvoir et tel droit de me plaire , Qu'eût-elle en vrai magot tout le corps fagoté, Je lui voudrais donner le prix de la beauté. C'est elle assurément qui s'appelle Lucrèce : Cherchez un autre nom pour l'objet qui vous blesse; Ce n'est point là le sien : celle qui n'a dit mot , Monsieur, c'est la plus belle , ou je ne suis qu'un sot.
' Jt eroU que ce soit est une faute de grammaire , du temps même de Corneille. Je croit, étant une chose positive, exige l'indicatif; mais pourquoi dit-on : Je crois qu'elle est almaMe, qu'elle a de l'esprit? et croyezvous qu'elle soit aimable , qu'elle ait de l'esprit? C'est que crovez-tout n'est point positif ; croyez-vous exprime le doute de celui qui Interroge ; Je suis sûr qu'il vous satisfera; étes-vous sûr qu'il vous satisfasse? Vous voyez , par cet exemple , que les règles de la grammaire sont fondées , pour la plupart , sur la raison , et sur cette logique naturelle avec laquelle naissent tous les hommes bien organisés. (V.)
DORANTE
Je t'en crois sans jurer avec tes incartade».
Mais voici les plus chers de mes vieux camarades ;
Us semblent étonnés, à voir leur action.