‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 272 sur 386 · DORANTE, CLARICE, LUCRÈGE, ISABELLE, CLITON · texte numérisé non relu

DORANTE, CLARICE, LUCRÈGE, ISABELLE, CLITON

DORANTE

C'est l'effet du malheur qui partout m'accompagne.

Depuis que j'ai quitté les guerres d'Allemagne ,

C'est-à-dire , du moins depuis un an entier.

Je suis et jour et nuit dedans votre quartier ;

Je vous cherche en tous lieux , au baJ, aux promenades;

Vous n'avez que de moi reçu des sérénades ;

Et je n'ai pu trouver que cette occasion

A vous entretenir de mon affection.

CLARICE

Quoi! vous avez donc vu l'Allemagne et la guerre?

DORANTE

Je m'y suis fait , quatre ans, craindre comme un tonnerre.

cuT0.^.

Que lui va-t-il conter?

Et durant ces quatre ans U ne s'est fait combats , ni sièges importants , Nos armes n'ont jamais remporté de victoire , Où cette main n'ait eu bonne part à la gloire : Et môme la gazette a souvent divulgué....

CLITOM, le tiraut [lar la basque.

Savez-vous bien, monsieur, que vous extravaguez?

DORA.NTE.

Tais- toi.

CLITOX.

Vous rêvez, dis-je, ou...

DORANTE

Tais-toi , misérable.

CUTON.

Vous venez de Poitiers , ou je me donne au diable ; Vous en revîntes hier.

DORANTE, à Clilon.

Te tairas-tu , maraud?

(à Clarice.) Mon nom dans nos succès b'élait mis assez haut

410 LE ME.YTEUR.

Pour faire quelque bruit sans beaucoup d'injustice; Et je suivrais encore un si noble exercice, N'était que l'autre hiver, faisant ici ma cour, Je vous vis, et je fus retenu par l'amour. Attaqué par vos yeux , je leur rendis les armes ; Je me fis prisonnier de tant d'aimable» charmes ; Je leur livrai mon âme ; et ce cœur généreux Dès ce premier moment oublia tout pour eux. Vaincre dans les combats, commander dans l'armée. De mille exploits fameux enfler ma renommée , Et tous ces nobles soins qui m'avaient su ravir. Cédèrent aussitôt à ceux de vous servir.

ISABELLE, à Clarice, tout bas.

Madame, Alcippe vient; il aura de l'ombrage.

CLARICE

Nous en saurons , monsieur, quelque jour davantage. Adieu.

DORANTE

Quoi! me priver sitôt de tout mon bien?

CLARICE

Nous n'avons pas loisir d'un plus long entretien ;

Et, malgré la douceur de me voir cajolée.

Il faut que nous fassions seules deux tours d'allée.

DORANTE

Cependant accordez à mes vœux innocents La licence d'aimer des charmes si puissants.

CLARICE

Un cœur qui veut aimer, et qui sait comme on aiae. N'en demande jamais licence qu'à soi-même.

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