‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 282 sur 386 · ACTE II, SCtiNE U · texte numérisé non relu

ACTE II, SCtiNE U

Tantôt c'est maladie , et tantôt quelque affaiie;

Le chemin est mal sûr, ou les jours sont trop courtsf

Et le bonhomme enfin ne peut sortir de Tours.

Je prends tous ces délais pour une résistance ,

Et ne suis pas d'humeur à mourir de constance.

Chaque moment d'attente Ole de notre prix ,

Et fille qui vieillit tombe dans le mépris :

C'est un nom glorieux qui se garde avec houle ;

Sa défaite est f.\cheuse à moins que d'être prompte ' :

Le temps n'est pas un dieu qu'elle puisse braver,

Et son honneur se perd à le trop conserver.

ISABELLE

Ainsi vous quitteriez .\lcippe pour un autre

De qui l'humeur aurait de quoi plaire à la vôtre?

CLARICE

Oui, je le quitterais; mais pour ce changement

Il me faudrait en main avoir un autre amant,

Savoir qu'il me fût propre , et que son hj menée

Dût bientôt à la sieiuie unir ma destinée.

i\Ion humeur sans cela ne s'y résout pas bien ,

Car Alcippe , après tout , vaut toujours mieux que rien;

Son père peut venir , quelque longtemps qu'il tarde.

ISABELLE

Pour en venir à bout sans que rien s'y hasarde , Lucrèce est votre amie, et peut beaucoup pour vous; Klle n'a point d'amants qui deviennent jaloux : Qu'elle écrive à Dorante, et lui fasse paraître Qu'elle veut cette nuit le voir par sa fenêtre. Comme il est jeune encore, on l'y verra voler; Et là , sons ce faux nom , vous pourrez lui parler, Sans qu'Alcippe jamais en découvre l'adresse , Ni que lui-même pense à d'autre qu'à Lucrèce.

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