ACTE II, SCtiNE U
Tantôt c'est maladie , et tantôt quelque affaiie;
Le chemin est mal sûr, ou les jours sont trop courtsf
Et le bonhomme enfin ne peut sortir de Tours.
Je prends tous ces délais pour une résistance ,
Et ne suis pas d'humeur à mourir de constance.
Chaque moment d'attente Ole de notre prix ,
Et fille qui vieillit tombe dans le mépris :
C'est un nom glorieux qui se garde avec houle ;
Sa défaite est f.\cheuse à moins que d'être prompte ' :
Le temps n'est pas un dieu qu'elle puisse braver,
Et son honneur se perd à le trop conserver.
ISABELLE
Ainsi vous quitteriez .\lcippe pour un autre
De qui l'humeur aurait de quoi plaire à la vôtre?
CLARICE
Oui, je le quitterais; mais pour ce changement
Il me faudrait en main avoir un autre amant,
Savoir qu'il me fût propre , et que son hj menée
Dût bientôt à la sieiuie unir ma destinée.
i\Ion humeur sans cela ne s'y résout pas bien ,
Car Alcippe , après tout , vaut toujours mieux que rien;
Son père peut venir , quelque longtemps qu'il tarde.
ISABELLE
Pour en venir à bout sans que rien s'y hasarde , Lucrèce est votre amie, et peut beaucoup pour vous; Klle n'a point d'amants qui deviennent jaloux : Qu'elle écrive à Dorante, et lui fasse paraître Qu'elle veut cette nuit le voir par sa fenêtre. Comme il est jeune encore, on l'y verra voler; Et là , sons ce faux nom , vous pourrez lui parler, Sans qu'Alcippe jamais en découvre l'adresse , Ni que lui-même pense à d'autre qu'à Lucrèce.