‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 281 sur 386 · CLARICE , ISABELLE · texte numérisé non relu

CLARICE , ISABELLE

ISABELLE

Ainsi vous le verrez, et sans vous engager.

Mais pour le voir ainsi qu'en pourrai-je juger?

j'en verrai le dehors , la mine , l'apparence;

Mais du reste, Isabelle, où prendre l'assurance?

Le dedans parait mal en ces miroirs flatteurs ;

Les visages souvent sont de doux imposteurs.

Que de défauts d'esprit se ce jvrent de leurs grâces!

Et que de beaax semblants cachent des âmes basses !

Les yeux en ce grand choix ont la première part ;

Mais leur déférer tout, c'est tout mettre au hasard .-

Qui veut vivre en repos ne doit pas leur déplaire;

Mais , sans leur obéir, il doit les satisfaire ,

En croire leur refus , et non pas leur aveu ,

Et sur d'autres conseils laisser naître son feu.

Cette chaîne, qui dure autant que notre vie ,

Et qui devrait donner plus de peur que d'envie ,

Si l'on n'y prend bien garde , attache assez souvent

Le contraire au contraire , et le mort au vivant :

Et pour moi , puisqu'il faut qu'elle me donne un maître ,

Avant que l'accepter je voudrais le connaître,

Mais connaître dans l'âme '.

ISABELLE

Eh bien ! qu'il parle à vous.

Alcippe le sachant en deviendrait jaloux.

ISABELLE

Qu'importe qu'il le soit , si vous avez Dorante ?

CLARICE

Sa perte ne m'est pas encore indifférente ; Et l'accord de l'hymen entre nous concerté, Si son père venait, serait exécuté.

Depuis plus de deux ans il promet et diffère;

' Toute celte tirade est de la plus grande beauté; il n'y » point ûUe qui parle mieux , et peut-être si bien , dans Molière. (V.J

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