CLARICE , ISABELLE
ISABELLE
Ainsi vous le verrez, et sans vous engager.
Mais pour le voir ainsi qu'en pourrai-je juger?
j'en verrai le dehors , la mine , l'apparence;
Mais du reste, Isabelle, où prendre l'assurance?
Le dedans parait mal en ces miroirs flatteurs ;
Les visages souvent sont de doux imposteurs.
Que de défauts d'esprit se ce jvrent de leurs grâces!
Et que de beaax semblants cachent des âmes basses !
Les yeux en ce grand choix ont la première part ;
Mais leur déférer tout, c'est tout mettre au hasard .-
Qui veut vivre en repos ne doit pas leur déplaire;
Mais , sans leur obéir, il doit les satisfaire ,
En croire leur refus , et non pas leur aveu ,
Et sur d'autres conseils laisser naître son feu.
Cette chaîne, qui dure autant que notre vie ,
Et qui devrait donner plus de peur que d'envie ,
Si l'on n'y prend bien garde , attache assez souvent
Le contraire au contraire , et le mort au vivant :
Et pour moi , puisqu'il faut qu'elle me donne un maître ,
Avant que l'accepter je voudrais le connaître,
Mais connaître dans l'âme '.
ISABELLE
Eh bien ! qu'il parle à vous.
Alcippe le sachant en deviendrait jaloux.
ISABELLE
Qu'importe qu'il le soit , si vous avez Dorante ?
CLARICE
Sa perte ne m'est pas encore indifférente ; Et l'accord de l'hymen entre nous concerté, Si son père venait, serait exécuté.
Depuis plus de deux ans il promet et diffère;
' Toute celte tirade est de la plus grande beauté; il n'y » point ûUe qui parle mieux , et peut-être si bien , dans Molière. (V.J