ACTE II , SCÈNE IV
CLARICE
Je ne rougirai point pour le récit d'un conte.
ALCIPPE
Quoi ! je suis donc un fourbe , un bizarre , un jaloux ?
Quelqu'un a pris plaisir à se jouer de vous , Alcippe, croyez-moi.
ALCIPPE
Ne cherche point d'excuses; Je counais tes détours , et devine tes ruses. Adieu : suis ton Dorante, et l'aime désormais; Laisse en repos Alcippe, et n'y pense jamais.
CLARICE
Écoutez quatre mots.
ALCU'PE.
Ton père va descendre.
CLARICE
Non ; il ne descend point, et ne peut nous entendre ; Et j'aurai tout loisir de vous désabuser.
ALCIPPE
Je ne t'écoute point , à moins que m'épouser, A moins qu'en attendant le jour du mariage , M'en donner ta parole et deux baisers en gage.
CLARICE
Pour me justifier vous demandez de moi , Alcippe?
ALCIPPE
Deux baisers, et ta main , et ta foi.
CLARICE
Que cela?
ALCIPPE
Résous-toi , sans plus me faire attendre.
CLARICE
Je n'ai pas le loisir, mon père va descendre. SCÈNE IV.
ALCIPPE
Va , ris de ma douleur alors que je te perds ; Par ces indignités romps toi-même mes fers; Aide mes feux trompés à se tourner en glace ; Aide un juste courroux à se mettre en leur place.
Je cours à la vengeance , et pone à ton amant Le vif et prompt effet de mon ressentiment. S'il est homme de cœur, ce jour même nos armes Régleront par leur sort tes plaisirs ou tes larmes ' ; Et, plutôt que le voir possesseur de mon bien , Puissé-je dans son sang voir couler tout le mien * ! Le voici ce rival , que son père t'amène : Ma vieille amitié cède à ma nouvelle haine ; Sa vue accroît l'ardeur dont je me sens brûler : Mais ce n'est pas ici qu'il faut le quereller ^.