‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 310 sur 386 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DORANTE, CLITON

CLITON

il est mort! Quoi! monsieur, vous m'en donnez aussi, A moi, de votre cœur l'unique secrétaire, A moi, de vos secrets le grand dépositaùe! Avec ces qualités j'avais lieu d'espérer Qu'assez malaisément je pourrais m'en parer -.

DORA^NTE.

Quoi ! mon combat te semble un conte imaginaire.'

CLITON

Je croirai tout, monsieur, pour ne vous pas déplaire; Mais vous en contez tant, à toute heure, en tous lieux. Qu'il faut bien de l'esprit avec vous, et bous yeux. Maure, Juif, ou chrétien, vous n'épargnez personne.

DORANTE

Alcippe te surprend! sa guérison t'étunne!

' Dans ces deux vers, q^ie Cliton répète Ici après les avoir dits à la fin du second acte , on peut remarquer qu'espérer, ne se prenant jamais en mauvaise part, nr peut pas servir de synonyme à craindre, et qu'ici l'expression n'est point juste. (V.;

L'état où je le mis était fort périlleux ;

Mais il est à présent des secrets merveilleux :

Ne t'a-t-on point parlé d'une source de vie

Que nomment nos guerriers poudre de sympathie ?

On en Yoit tous les jours des effets étonnants.

CLITON

Encor ne sont-ils pas du tout si surprenants ; Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace ' , Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place, Qu'on a de deux grands coups percé de part en part, Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.

La pondre que tu dis n'est que de la commune; On n'en fait plus de cas: mais, Cliton, j'en sais une Qui rappelle sitôt des portes du trépas , Qu'en moins d'un tourne-main on ne s'en souvient pas ; Quiconque ïa sait faire a de grands avantages.

CLITON

Donnez-m'en le secret , et je vous sers sans gages.

DORANTE

Je te le donnerais , et tu serais heureux ; Mais le secret consiste en quelques mots hébreux , Qui tous à prononcer sont si fort difiiciles , Que ce serait pour toi des trésors inutiles.

CLITON

Vous savez donc l'hébreu ?

DORANTE

L'hébreu ! parfaitement :

J'ai dix langues , Cliton , à mou commandement.

CLITON

Vous auriez bien besoin de dix des mieux nourries , Pour fournir tour à tour à tant de menteries ; Vous les hachez menu comme chair à pâtés. Vous avez tout le corps bien plein de vérités , U n'en sort jamais une.

DORANTE

Ah, cervelle ignorante!

Mais mon père survient.

• Efflca<:e , pris comme substantif , n'est plus d'usage; «t dit efflcacite , ou plutôt on se sert d'un autre mot. C^'.)

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