‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 335 sur 386 · ACTE 1, SCÈNE 1. 48S · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE 1. 48S

Et , tout simple etdoucct, sans cherclier de Onesse, Attendant le boiteux ' , je consolais Lucrèce.

DORANTE

Je lainiais, je te jure; et, pour la posséder,

Mon amour mille fois v»uluttout hasarder:

.Mais quand j'eus bien pensé que j'allais à mon ige

Au sortir do Poitiers entrer au mariage,

Que j'eus considéré ses chaînes de plus |)rès ,

Son visage à ce prix n'eut plus iK)ur moi d'attraits :

L'horreur d'un tel lien m'en fit de la maîtresse;

Je crus qu'il fallait mieu.\ employer ma jeunesse,

Et que, quelques appas qui pussent me ravir,

C'était mal en user que sitôt m'asservir.

Je combats toutefois : mais le temps qui s'avance

Me fait préci[)iler en cette cxtra\aj^ance;

Et la tentation de tant d'argent touché

M'achève de pousser où j'étais trop penché.

Que l'argent est commode à faire une folie!

L'argent me fait résoudre à courir l'Italie.

Je pars de nuit en poste, et d'un soin diligent

Je quitte la maîtresse, et j'emporte l'argent.

Mais, dis-moi, que fit-elle.' et que dit lors son père? Le mien , ou je me trompe , était fort en colère ?

CLITO.N .

D'abord de part et d'autre on vous attend siins bruit; Un jour se passe, deux, trois, quatre , cinq , six , huit; Enfin, n'espérant plus, on éclate, on foudroie : Lucrèce par dépit témoigne de la joie , Chante, danse, discourt, rit; mais, sur mon honneur, i;ile enrageait, monsieur, dans l'àme , et de bon cœur. Le grand bruit s'accommode, et , pour plâtrer l'affaire,

- Aocieaue façon Je parler qui si;,'niûe le temps . parce qne les anciens figuraient le temps tous 1 eiublèine d'un vlelUard boiteux qui avait des ailei, pour fair» voir que le mal arrive trop vite, et le bien trop li-ntement — Nous ne remarquerons pas dans celle pièce toutes les fautes d'. langage : elles sont en IrOs-grand nombre ; mais c'est assei d'averUr qu'en géniral il ue faut pas imiter le itvle de cet ouvrage, trop néïligé. Il me semble que la meUleurc luaniire de s'in*lrulre est d'observer »olgneusement les fautes des bons écrits , parce qu'elles pourraient être d'un exemple dangereux, et de remarquer les beautés des pièces mulos beureoses, parce que d'ordinaire ces beautés soal perdues. [\.)

484 LA SUITE DU MEXTtUR.

i.a pauvre délaissée épouse votre père,

Et, rongeant dans son cœur son déplaisir secret,

D'un visage content prend le change à regret.

L'éclat d'un tel affront l'ayant trop décriée,

Jl n'est à son avis que d'être mariée;

Et comme en un naufrage on se prend où l'on peut,

En fille obéissante elle veut ce qu'on veut.

Voilà donc le bonhomme enfin à sa seconde.

C'est-à-dire qu'il prend la poste à l'autre monde ;

Un peu moins de deux mois le met dans le cercueil.

DORANTE

J'ai su sa mort à Rome , où j'en ai pris le deuil.

CLITO.N.

Elle a laissé chez vous un diable de ménage : Ville prise d'assaut n'est pas mieux au pillage; La veuve et les cousins, chacun y fait pour soi, Comme fait un traitant pour les deniers du roi ; Où qu'ils jettent la main ils font rafles entières; Ils ne pardonnent pas même au plomb des gouttières; Et ce sera beaucoup si vous trouvez chez vous , Quand vous y reritrere?, deux gonds et quatre clous. J'apprends qu'on vous a vu cependant à Florence, Pour vous donner avis je pars en diligence; Et je suis étonné qu'en entrant dans Lyon Je vois courir du peuple avec émotion : Je veux voir ce que c'est; et je vois, ce me semble, l'ousser dans la prison quelqu'un qui vous ressemble ; On m'y permet l'entrée ; et , vous trouvant ici , Je trouve en même temps mon voyage accourci. Voilà mon aventure; apprenez-moi la vôtre.

DOR.\..NTE.

La mienne est bien étrange, on me prend pour un autre.

CLITON

J'eusse osé le gager. Est-ce meurtre, ou larcin.^

DOR.V.NTE.

Suis-je fait en voleur, ou bien en assassin.^ Traître, en ai-je l'habit, ou la mine, ou la taille.^

CLITO.V.

Connaît-on à l'habit aujourd'hui la canaille.' Et n'est-il point , monsieur, à Paris de Clous Et de taille et de mine aussi bonnes que vous ?

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