ACTE 1, SCÈNE 1. 48S
Et , tout simple etdoucct, sans cherclier de Onesse, Attendant le boiteux ' , je consolais Lucrèce.
DORANTE
Je lainiais, je te jure; et, pour la posséder,
Mon amour mille fois v»uluttout hasarder:
.Mais quand j'eus bien pensé que j'allais à mon ige
Au sortir do Poitiers entrer au mariage,
Que j'eus considéré ses chaînes de plus |)rès ,
Son visage à ce prix n'eut plus iK)ur moi d'attraits :
L'horreur d'un tel lien m'en fit de la maîtresse;
Je crus qu'il fallait mieu.\ employer ma jeunesse,
Et que, quelques appas qui pussent me ravir,
C'était mal en user que sitôt m'asservir.
Je combats toutefois : mais le temps qui s'avance
Me fait préci[)iler en cette cxtra\aj^ance;
Et la tentation de tant d'argent touché
M'achève de pousser où j'étais trop penché.
Que l'argent est commode à faire une folie!
L'argent me fait résoudre à courir l'Italie.
Je pars de nuit en poste, et d'un soin diligent
Je quitte la maîtresse, et j'emporte l'argent.
Mais, dis-moi, que fit-elle.' et que dit lors son père? Le mien , ou je me trompe , était fort en colère ?
CLITO.N .
D'abord de part et d'autre on vous attend siins bruit; Un jour se passe, deux, trois, quatre , cinq , six , huit; Enfin, n'espérant plus, on éclate, on foudroie : Lucrèce par dépit témoigne de la joie , Chante, danse, discourt, rit; mais, sur mon honneur, i;ile enrageait, monsieur, dans l'àme , et de bon cœur. Le grand bruit s'accommode, et , pour plâtrer l'affaire,
- Aocieaue façon Je parler qui si;,'niûe le temps . parce qne les anciens figuraient le temps tous 1 eiublèine d'un vlelUard boiteux qui avait des ailei, pour fair» voir que le mal arrive trop vite, et le bien trop li-ntement — Nous ne remarquerons pas dans celle pièce toutes les fautes d'. langage : elles sont en IrOs-grand nombre ; mais c'est assei d'averUr qu'en géniral il ue faut pas imiter le itvle de cet ouvrage, trop néïligé. Il me semble que la meUleurc luaniire de s'in*lrulre est d'observer »olgneusement les fautes des bons écrits , parce qu'elles pourraient être d'un exemple dangereux, et de remarquer les beautés des pièces mulos beureoses, parce que d'ordinaire ces beautés soal perdues. [\.)
484 LA SUITE DU MEXTtUR.
i.a pauvre délaissée épouse votre père,
Et, rongeant dans son cœur son déplaisir secret,
D'un visage content prend le change à regret.
L'éclat d'un tel affront l'ayant trop décriée,
Jl n'est à son avis que d'être mariée;
Et comme en un naufrage on se prend où l'on peut,
En fille obéissante elle veut ce qu'on veut.
Voilà donc le bonhomme enfin à sa seconde.
C'est-à-dire qu'il prend la poste à l'autre monde ;
Un peu moins de deux mois le met dans le cercueil.
DORANTE
J'ai su sa mort à Rome , où j'en ai pris le deuil.
CLITO.N.
Elle a laissé chez vous un diable de ménage : Ville prise d'assaut n'est pas mieux au pillage; La veuve et les cousins, chacun y fait pour soi, Comme fait un traitant pour les deniers du roi ; Où qu'ils jettent la main ils font rafles entières; Ils ne pardonnent pas même au plomb des gouttières; Et ce sera beaucoup si vous trouvez chez vous , Quand vous y reritrere?, deux gonds et quatre clous. J'apprends qu'on vous a vu cependant à Florence, Pour vous donner avis je pars en diligence; Et je suis étonné qu'en entrant dans Lyon Je vois courir du peuple avec émotion : Je veux voir ce que c'est; et je vois, ce me semble, l'ousser dans la prison quelqu'un qui vous ressemble ; On m'y permet l'entrée ; et , vous trouvant ici , Je trouve en même temps mon voyage accourci. Voilà mon aventure; apprenez-moi la vôtre.
DOR.\..NTE.
La mienne est bien étrange, on me prend pour un autre.
CLITON
J'eusse osé le gager. Est-ce meurtre, ou larcin.^
DOR.V.NTE.
Suis-je fait en voleur, ou bien en assassin.^ Traître, en ai-je l'habit, ou la mine, ou la taille.^
CLITO.V.
Connaît-on à l'habit aujourd'hui la canaille.' Et n'est-il point , monsieur, à Paris de Clous Et de taille et de mine aussi bonnes que vous ?