‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 336 sur 386 · ACTE 1, SCÈNE I. 48 j · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I. 48 j

DORANTE

Tii (lis vrai ; mais écoute. Après une querelle Qu'il Florence un jaloux me fit pour quel(iue belle, J'eus avis que ma vie y courait du danger : Ainsi donc sans trompette il fallut déloger. Je pars seul et de nuit , et prends m? route en France Où , sitôt que je suis en pays d'assurance , Comme d'avoir couru je me sens un peu las, J'abandonne le poste , et viens au petit pas. Approchant de Lyon , je vois dans la campagne...

CLITON, bas.

.N'aurons-nous point ici de guerres d'Allenaagne '?

nORANTE.

Que dis-tu?

CLITOX.

Rien , monsieur; je gronde entre mes dont s Du malheur (jui suivra ces rares incidents; J'en ai l'ûme déjà toute préoccupée.

DORANTE

Donc à deux cavaliers je vois tirer l'épée ; Et, pour en enqiècher l'événement fatal , J'y cours la mienne au poing , et descends de < hcval L'un et l'autre, voyant à quoi je me prépare , Se hâte ' d'achever avant qu'on les sépare , Presse sans perdre temps , si bien ((u'à mon abord D'un coup ((ue l'un allonge il blesse l'autre à mort. Je me jette au blessé , je l'embrasse , et j'essaie, Pour arrêter son sang, de lui bander sa plaie; L'autre , sans pcnlre temps en cet c\ énement , Saute sur mon cheval , le presse vi\ement, Disparait, et, raetUmt à couvert le coupable, Me laisse auprès du mort faire le charitable.

Ce fut en cet état , les dciigts de sang souilfés. Qu'au bruit de ce duel trois sergents éveillés, Tout gonlés de l'espoir d'une bonne lippée, Me découvrirent seul , et la main à l'épée. Lors , suivant du métier le serment solennel , Mon argent fut pour eux le premier criminel ;

» Voyiv. le Menteur, acte I , se. m.

' On mettait indifft'recnini'nt, ilii temps de Corneille , au singulier on an v>Iurtel le verbe rtigi p:ir l'un el l'autre.

Et , s'en étant saisis aux premières approches ,

Ces messieurs pour prison lui donnèrent leurs poches;

Et moi, non sans couleur, encor qu'injustement ,

Je fus conduit par eux en cet appartement.

Qui te fait ainsi rire ? et qu'est-ce que tu penses?

CLITON

Je trouve ici, moni-ieur, beaucoup de circonstances :

Vous en avez sans doute un trésor infini ;

Votre hymen de Poitiers n'en fut pas mieux fourni ;

Et le cheval surtout vaut en cette rencontre

Le pistolet ensemble , et l'épée , et la montre ■ .

DORAME.

Je me suis bien défait de ces traits d'écolier

Dont l'usage autrefois m'était si familier ;

Et maintenant, Cliton, je vis eu honnête homme.

CLITO.X.

Vous êtes amendé du voyage de Rome ; Et votre âme en ce lieu , réduite au repentir, Fait mentir le proverbe en cessant de mentir. Ah ! j'aurais plutôt cru...

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