ACTE 1, SCÈNE I. 48 j
DORANTE
Tii (lis vrai ; mais écoute. Après une querelle Qu'il Florence un jaloux me fit pour quel(iue belle, J'eus avis que ma vie y courait du danger : Ainsi donc sans trompette il fallut déloger. Je pars seul et de nuit , et prends m? route en France Où , sitôt que je suis en pays d'assurance , Comme d'avoir couru je me sens un peu las, J'abandonne le poste , et viens au petit pas. Approchant de Lyon , je vois dans la campagne...
CLITON, bas.
.N'aurons-nous point ici de guerres d'Allenaagne '?
nORANTE.
Que dis-tu?
CLITOX.
Rien , monsieur; je gronde entre mes dont s Du malheur (jui suivra ces rares incidents; J'en ai l'ûme déjà toute préoccupée.
DORANTE
Donc à deux cavaliers je vois tirer l'épée ; Et, pour en enqiècher l'événement fatal , J'y cours la mienne au poing , et descends de < hcval L'un et l'autre, voyant à quoi je me prépare , Se hâte ' d'achever avant qu'on les sépare , Presse sans perdre temps , si bien ((u'à mon abord D'un coup ((ue l'un allonge il blesse l'autre à mort. Je me jette au blessé , je l'embrasse , et j'essaie, Pour arrêter son sang, de lui bander sa plaie; L'autre , sans pcnlre temps en cet c\ énement , Saute sur mon cheval , le presse vi\ement, Disparait, et, raetUmt à couvert le coupable, Me laisse auprès du mort faire le charitable.
Ce fut en cet état , les dciigts de sang souilfés. Qu'au bruit de ce duel trois sergents éveillés, Tout gonlés de l'espoir d'une bonne lippée, Me découvrirent seul , et la main à l'épée. Lors , suivant du métier le serment solennel , Mon argent fut pour eux le premier criminel ;
» Voyiv. le Menteur, acte I , se. m.
' On mettait indifft'recnini'nt, ilii temps de Corneille , au singulier on an v>Iurtel le verbe rtigi p:ir l'un el l'autre.
Et , s'en étant saisis aux premières approches ,
Ces messieurs pour prison lui donnèrent leurs poches;
Et moi, non sans couleur, encor qu'injustement ,
Je fus conduit par eux en cet appartement.
Qui te fait ainsi rire ? et qu'est-ce que tu penses?
CLITON
Je trouve ici, moni-ieur, beaucoup de circonstances :
Vous en avez sans doute un trésor infini ;
Votre hymen de Poitiers n'en fut pas mieux fourni ;
Et le cheval surtout vaut en cette rencontre
Le pistolet ensemble , et l'épée , et la montre ■ .
DORAME.
Je me suis bien défait de ces traits d'écolier
Dont l'usage autrefois m'était si familier ;
Et maintenant, Cliton, je vis eu honnête homme.
CLITO.X.
Vous êtes amendé du voyage de Rome ; Et votre âme en ce lieu , réduite au repentir, Fait mentir le proverbe en cessant de mentir. Ah ! j'aurais plutôt cru...