CI.ITON
Quoi! c'est là donc, monsieur...
DOU.^NTE.
Oui , c'est là le coupable.
L'homme à votre cheval ?
DORi.NTE.
Rien n'est si véritable.
cr.rroN.
Je ne sais où j'en suis , et deviens tout confus. Ne m'aviez- vous pas dit que vous ne mentiez plus.'
DORANTE
J'ai vu sur son visage un noble caractère , Qui , me parlant pour lui , m'a forcé de nie taire , Et, d'une voix connue entre les gens de cœur, M'a dit qu'en le perdant je me perdrais d'honneur. J'ai cru devoir mentir pour sauver un brave homme.
CLITO.N.
Et c'est ainsi , monsieur, (jue l'on s'amende à Rome '? Je me tiens au j)roverbe ; oui , courez , voyagez ;
' Clilon fail forl mal de ne pas approuver un mensonge si noble, ci Horante perd ici une occasicn de faire voir qu'il est des cas où 11 serait Infime de dire la vérité : quel cœur serait assez lâclie pour ne point uicntir quand il s'agit de sauver la vie et ilionncur d'un pure, d'uo parent, (l'un ami? Il y avait li de quoi faire de très-beau\ vers. (V.)
498 LA SUlTt: DU MENTEUR.
Je vcu\ être guenon si jamais vous changez : Vous mentirez toujours, monsieur, sur ma parole. Croyez-moi que Poitiers est une bonne école; Pour le bien du public je veux le publier; Les leçons qu'on y prend ne peuvent s'oublier.
DOR.V>TE
Je ne mens plus , Cliton , je t'en donne assurance. Mais en un tel sujet l'occasion dispense.
CLITON
Vous en prendrez autant comme vous en \ errez. Menteur vous voulez vivre , et menteur \ ous mourrez. Et l'on dira de vous , pour oraison funèbre : n C'était en menterie un auteur très-célèbre , « Qui sut y raffiner de si digne façon ,
■ Qu'aux maîtres du métier il en eût fait leçon ;
■ Et qui, tant qu'il vécut, sans craindre aucune risque ' , « Aux plus forts d'après lui put donner quinze et bisque. ■
D0RA.NTE.
Je n'ai plus qu'à mourir, mon épitaphe est fait ^ ,
Et tu m'érigeras en cavalier parfait :
Tu ferais violence à l'humeur la plus triste.
Mais , sans plus badiner, va-t'en chercher Philiste;
Donne-lui cette lettre ; et moi , sans plus mentir,
Avec les prisonniers j'irai me divertir.