DORA>'TE, LYSE , CLITON
DORANTE, à Lyse. ;
Je ne t'espérais pas si soudain de retour. i , i ■
LYSE
Vous jugerez par là d'un CïPur qui meurt d'amour. ! . !
De vos civilités ma maîtresse est ravie :
Elle serait venue , elle en brûle d'envie ;
Mai* une compagnie au logis la relient ;
Elle \iendra bientôt, et peut-être elle vient;
Et je me connais mal à l'ardeur (jui l'emporte,
Si vous ne la voyez même avant que je sorte .
Acceptez cependant quelque peu de douceurs
Fort propres en ces lieux à conforter les cœurs ;
Les sèches sont dessons , celles-ci sont liquides.
CLITON
Les amours de tantôt me semblaient plus solides. Si tu n'as autre chose, épargne mieux tes pas : Cette inégalité ne me satisfait pas.
Nous avons le cœur bon , et, dans nos aventures, Nous ne fûmes jamais hommes à conlitures.
LYSE
Badin, qui te demande ici ton sentiment ?
CUTOK.
Ah ! tu me fais l'amour an peu bien rudement.
LYSE
Est-ce à toi de parler? que n'attends-tu ton heure?
DORANTE
Saurons-nous cette fois son nom , ou sa aemeure?
LYSE
Non pasencor sitôt.
D0R.\NTE.
.Mais te vaut-elle bien ?
Parle-moi franchement, et ne déguise rien.
LYSE
A ce compte, monsieur, vous me trouvez passable?
D0R.4NTE.
Je te trouve de taille et d'esprit agréable , Tant de grâce en l'humeur et tant d'attraits aux yeux, Qu'à te dire le vrai , je ne voudrais pas mieux ; Elle me charmera , pourvu qu'elle te vaille.
LYSE
Ma maîtresse n'est pas tout à fait de ma taille. Mais elle me surpasse en esprit, en beauté , Autant et plus encor, monsieur, qu'en qualité.
DORAXTE.
Tu sais adroitement couler ta flatterie. Que ce bout de ruban a de galanterie ! Je veux le dérober. .Mais qu'est-ce qui le suit.'
LYSE
Rendez-le-moi , monsieur; j'ai hâte , il s'en va nuiL
DORAXTE.
Je verrai ce que c'est.
LYSE
C'est une niiiinaturtt.
ACTL IJ, SCÈNJ: VI.
DORAJiTE.
Oli, le charmant portrait! l'adorable peinture.' tlleest faite à plaisir?
LYSE
Ajirès le uattirel.
DORANTE
Je ue crois pas jamais avoir vu rien de te).
L\SE
Ces quatre diamants dont elle est enrichie
Ont sous eux quelque feuille, ou mal nette, ou blanchie;
Lt je cours de ce pas y faire regarder.
DORANTE
tt quel est ce portrait.'
L\SE
Le faut-il demander.^ lit doutez-vous si c'est ma maîtresse elle-môme.^
DORANTE
Quoi 1 celle (jui m'écrit }
LYSE
Oui, celle (jui vous aime:
A l'aimer tant soit peu vous l'auriez deviné.
DORANTE
Lu si rare bonheur ne m'est pas destiné; lit tu me veux flatter par cette fausse joie.
LYSE
Q'iand je dis vrai , monsieur, je prétends qu'on me croie. .Mais je m'amuse trop, lorfévre est loin d'ici; Donnez-moi, je perds temps.
DORANTE
Laisse moi ce souci j Nous avons un orfèvre arrêté pour ses dettes, Qui saura tout remettre au point <iue tu souhaites.
LYSE
Vous m'en donnez , monsieur.
Je te le ferai voir.
LYSE
A-t-il la maia fort bonne?
DORANTE
Autant (pi'on peut l'avoir.
LYSE
Sans mentir?
5tî LA SUITE DU :\It,MEUR.
DORANTE
Sans mentir.
CLITON
11 est trop jeune , il n'ose.
LTSE.
Je voudrais bien pour vous faire ici quelque chose; Mais vous le montrerez.
DORANTE
Non , à qui que ce soit.
L\SE
Vous me ferez chasser si quelque autre le voit.
DORAXTE.
Va, dors en sûreté
Mais enfin à quand rendre?
DORANTE
Dès demain.
LYSE
Demain donc je viendrai le reprendre ; Je ne puis me résoudre à vous désobliger.
CLITON , à Dorante, puis à Lyse.
Elle se met pour vous en un très- grand danger. Dirons-nous rien nous deux.'
LYSE
Non.
CLITON
Comme tu méprises!
LYSE
Je n'ai pas le loisir d'entendre tes sottises.
CLITON
Avec cette rigueur tu me feras mourir.
LYSE
Peut-être à mon retour je saurai te guérir; Je ne puis mieux pour l'heure : adieu '.
CLITON
Tout me succède.
■ cette scène du porlrait n'est-ellc pas encore très-Ingénieuse? Le* menteries que fait Dorante dans cette pièce ne sont pius d'une étourderie ridicule , comme dans la première ; elles sont, pour la plupart, dic-téespar l'honneur ou par la galanterie; elles rendent le menteur ioSnimenl aimable. (V. )