‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 355 sur 386 · DORA>'TE, LYSE , CLITON · texte numérisé non relu

DORA>'TE, LYSE , CLITON

DORANTE, à Lyse. ;

Je ne t'espérais pas si soudain de retour. i , i ■

LYSE

Vous jugerez par là d'un CïPur qui meurt d'amour. ! . !

De vos civilités ma maîtresse est ravie :

Elle serait venue , elle en brûle d'envie ;

Mai* une compagnie au logis la relient ;

Elle \iendra bientôt, et peut-être elle vient;

Et je me connais mal à l'ardeur (jui l'emporte,

Si vous ne la voyez même avant que je sorte .

Acceptez cependant quelque peu de douceurs

Fort propres en ces lieux à conforter les cœurs ;

Les sèches sont dessons , celles-ci sont liquides.

CLITON

Les amours de tantôt me semblaient plus solides. Si tu n'as autre chose, épargne mieux tes pas : Cette inégalité ne me satisfait pas.

Nous avons le cœur bon , et, dans nos aventures, Nous ne fûmes jamais hommes à conlitures.

LYSE

Badin, qui te demande ici ton sentiment ?

CUTOK.

Ah ! tu me fais l'amour an peu bien rudement.

LYSE

Est-ce à toi de parler? que n'attends-tu ton heure?

DORANTE

Saurons-nous cette fois son nom , ou sa aemeure?

LYSE

Non pasencor sitôt.

D0R.\NTE.

.Mais te vaut-elle bien ?

Parle-moi franchement, et ne déguise rien.

LYSE

A ce compte, monsieur, vous me trouvez passable?

D0R.4NTE.

Je te trouve de taille et d'esprit agréable , Tant de grâce en l'humeur et tant d'attraits aux yeux, Qu'à te dire le vrai , je ne voudrais pas mieux ; Elle me charmera , pourvu qu'elle te vaille.

LYSE

Ma maîtresse n'est pas tout à fait de ma taille. Mais elle me surpasse en esprit, en beauté , Autant et plus encor, monsieur, qu'en qualité.

DORAXTE.

Tu sais adroitement couler ta flatterie. Que ce bout de ruban a de galanterie ! Je veux le dérober. .Mais qu'est-ce qui le suit.'

LYSE

Rendez-le-moi , monsieur; j'ai hâte , il s'en va nuiL

DORAXTE.

Je verrai ce que c'est.

LYSE

C'est une niiiinaturtt.

ACTL IJ, SCÈNJ: VI.

DORAJiTE.

Oli, le charmant portrait! l'adorable peinture.' tlleest faite à plaisir?

LYSE

Ajirès le uattirel.

DORANTE

Je ue crois pas jamais avoir vu rien de te).

L\SE

Ces quatre diamants dont elle est enrichie

Ont sous eux quelque feuille, ou mal nette, ou blanchie;

Lt je cours de ce pas y faire regarder.

DORANTE

tt quel est ce portrait.'

L\SE

Le faut-il demander.^ lit doutez-vous si c'est ma maîtresse elle-môme.^

DORANTE

Quoi 1 celle (jui m'écrit }

LYSE

Oui, celle (jui vous aime:

A l'aimer tant soit peu vous l'auriez deviné.

DORANTE

Lu si rare bonheur ne m'est pas destiné; lit tu me veux flatter par cette fausse joie.

LYSE

Q'iand je dis vrai , monsieur, je prétends qu'on me croie. .Mais je m'amuse trop, lorfévre est loin d'ici; Donnez-moi, je perds temps.

DORANTE

Laisse moi ce souci j Nous avons un orfèvre arrêté pour ses dettes, Qui saura tout remettre au point <iue tu souhaites.

LYSE

Vous m'en donnez , monsieur.

Je te le ferai voir.

LYSE

A-t-il la maia fort bonne?

DORANTE

Autant (pi'on peut l'avoir.

LYSE

Sans mentir?

5tî LA SUITE DU :\It,MEUR.

DORANTE

Sans mentir.

CLITON

11 est trop jeune , il n'ose.

LTSE.

Je voudrais bien pour vous faire ici quelque chose; Mais vous le montrerez.

DORANTE

Non , à qui que ce soit.

L\SE

Vous me ferez chasser si quelque autre le voit.

DORAXTE.

Va, dors en sûreté

Mais enfin à quand rendre?

DORANTE

Dès demain.

LYSE

Demain donc je viendrai le reprendre ; Je ne puis me résoudre à vous désobliger.

CLITON , à Dorante, puis à Lyse.

Elle se met pour vous en un très- grand danger. Dirons-nous rien nous deux.'

LYSE

Non.

CLITON

Comme tu méprises!

LYSE

Je n'ai pas le loisir d'entendre tes sottises.

CLITON

Avec cette rigueur tu me feras mourir.

LYSE

Peut-être à mon retour je saurai te guérir; Je ne puis mieux pour l'heure : adieu '.

CLITON

Tout me succède.

■ cette scène du porlrait n'est-ellc pas encore très-Ingénieuse? Le* menteries que fait Dorante dans cette pièce ne sont pius d'une étourderie ridicule , comme dans la première ; elles sont, pour la plupart, dic-téespar l'honneur ou par la galanterie; elles rendent le menteur ioSnimenl aimable. (V. )

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