‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 367 sur 386 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

PHILISTE, DORANTE, CLITOS.

PUILISTE.

Anol , notre bonlieur passe notre espérance. Vous avez compagnie.' Ah! voyons, s'il vous plaît.

DORA.NTE.

Laissez-les échapper, je vous dirai qui c'est. Ce n'est qu'une lini^ère : allant en Italie, Je la vis en passant, et la trouvai jolie; Nous fîmes comiaissance ; et me sachant ici, Comm3 VOUS le voyez , elle en a pris souoi.

PUILISTE.

Vous trouvez en tous lieux d'assez bounes fortunes.

DORANTE

Celle-ci pour le moins n'est pas des plus communes.

PUILISTE.

Elle vous semble belle , à c« compte P

DORANTE

A ravir.

PHILISTE

Je n'en suis point jaloux.

dora>t;,.

M'y voulez-vous servir?

PUILISTE.

Je suis trop maladroit pour uu si noble rôle.

DORANTE

V^ous n'avez seulement (pi'a dire une parole.

PmLlSTE.

Qu'une ?

■ Celte scène , où MéUsse voilée vient voir si on lui rendra son portrait , devait être d'autant plus jgrt'ablc que les feninics alors étaiciil en usage de porter un masque de velours , ou d'abaisser leurs coiffes , quand cUes sortaient à pied : mUc mode venait d'Espagiic , ainsi que li

plup irt de nos comOdies. (V.)

DORA>TE

rson. Cette nuit j'ai promis de la voir , Sûr que vous obtiendrez mon congé pour ce soir. Le concierge est à vous.

PUILISTE.

C'est une affaire faite.

DOR.V«TE

Quoi! vous me refusez un mol que je souliaite?

PHILISTK.

L'ordre , tout au contraire , en est déjà donné , Kl votre esprit trop prompt n"a pas bien deviné.

Comme je vous quittais avec peine à vous croire , Quatre de mes amis m'ont conté votre liistoire : lis marciiaient après vous deux ou trois mille pas; Us vous ont vu courir , tomber le mort à bas , L'autre vous démonter, et fuir en diligence : Ils ont Yu tout cela de sur une éminence, Et n'ont connu personne , étant trop éloignés. Voilà, quoi qu'il eu 3oit, tous nos procès gagnés , Et plus tôt de beaucoup que je n'psais prétendre. Je n'ai point perdu temps , et les ai fait entendre ; Si bien que , sans chercher d'autre éclaircissement. Vos juges m'ont promis vctre élargissement. Mais, quoiqu'il soit constant qu'on vous prend pour un autre, U faudra caution , et je serai la vôtre : Ce sont formalités que pour vous dégager Les jugcb, disent-ils, sont tenus d'exiger; Mais sans doute ils en font ainsi ipie bon leur semble. Tandis, ce soir chez moi nous souiterous ensemble : Dans un moment ou deux vous y pourrez venir ; Nous aurons tout loisir de nous entretenir , lit vous prendrez le temps de voir votre lingère. Ils m'ont dit toutefois qu'il serait nécessaire De coucher pour la forme un moment en prison , Et m'en ont sur-le-champ rendu quelque raison ; Mais c'est si peu mon jeu ipie de telles matières , Que j'en perds aussitôt les plus belles lumières. Vous sortirez demain , il n'est rien de plus vrai ; C'est tout ce que j'en aime, et tout ce que j'en sai.

DOR.OÎTE.

Que ne vous dois-je point pour de si bons offices 1

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