‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 369 sur 386 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MÉLISSE, LYSE

UÉLISSE.

J'en tremble eucor de peur , et n'en suis pas remise.

LÏSE.

Aussi bien comme vous je [)ensais être prise.

MÉLISSE

Non , Philiste n'est fait que pour m'incoramoder. Voyez ce qu'en ces lieux il venait demander , ii

S'il est lieure si tard do l'aire une visite.

LYSE. -''-

Un ami véritable à toute heure s'acquitte ; Mais un amant fâcheux, soit de jour, soit de nuit, Toujours à contre-temps à nos yeux se produit; Et, depuis qu'une fois il commence à déplaire , ■'

Il ne manque jamais d'occasion contraire , Tant son mauvais acstin semble prendre de soins A mêler sa présence où l'on la veut le moins ! ■ j

MÉLISSE

Quel désordre eùt-ceété, Lyse, s'il m'eût connue!

LVSE.

11 vous aurait donné fort avant dans la vue.

MÉLISSE

Quel bruit et quel éclat n'eût point fuit son courroux!

LVSE.

Il eût été peut-être aussi honteux que vous.

Un homme un peu content et qui s'en fait accroire , Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire , Et, surpris qu'il en est en telle occasion , Toute sa vanité tourne en confusion.

Quand il a de l'esprit, il sait rendre le change; Loin de s'en émouvoir , en raillant il se venge , .affecte des mépris , comme pour reprocher Que In perte qu'il fait ne vaut pas s'en faclier;

Tant qu'il peut, il témoigne une âme inJiiférente. Quoi qu'il ensuit enfin, vous avez vu Dorante, El fort adroitement je vous ai mise eu jeu.

HÉUSSE.

Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu.

LÏSE.

Eh bien 1 mais que vous semble encor du personuajje? Vous en ai-je trop dit.'

MÉLISSE

J'en ai vu davantage.

LïSE.

Avei-vous du regret d'avoir trop hasardé'

MÉLISSE

Je n'ai qu'un déplaisir, d'avoir si peu tardé.

LYSE

Vous l'aimez?

MÉLISSE

Je l'adore.

LïSE.

Et croyez qu'il vous aime?

MÉLISSE

Qu'il m'aime, et d'une amour, comme la mienne , evlrème.

LVSE.

Une première vue , un moment d'entretien , Vous fait ainsi tout croire , et ne douter de rien 1

Quand les ordres du ciel nous ont fait l'un pour l'autre ' ,

Lyse , c'est un accord bientôt fait que le nôtre :

Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir,

Sème l'mtelligence avant que de se voir;

Il prépare si bien l'amant et la maîtresse ,

Que leur âme au seul nom s'émeut et s'intéresse.

' si la Suite du Menteur esi tombée, ce* ver» ne le sont pu , pre^ijne tous les connaisseurs les «arcnt par cœur: c'est la même pensée qu'où \Liit dans Rodogune , et cela prouve que les m(>mes choses conviennent quelquefois à la comédie et à la tragédie; mais la comédie a saiis doute plus de droit à ces petits morceaux naïfs et galants. Celui-ci a toujours p :ssé pour achcTé. U n'y a que ce ver».

Et ,sanss*inqui6trr de mille peurs friroles,

qui dépare un peu ce JuU couplet. Jious avons déji remarque cuiuljicii la rime entraîne de mauvais vers, et avec quc\ soin il faut empêcher que de deux Tcr» il y en ail un pour le scfls , et l'autre pour la rime, ^v .}

ACTK IV, SCtNE I. J31

On s'estime , on se clicrche, on s'aime en un moment ; I ont ce qu'on s'enlredil persuade aisément; Et , sans s'inquiéter d'aucunes peurs frivoles , La foi semble courir au-devant des paroles ; . < ,

F.a langue en peu de mots en explique beaucoup ; Les yeux , plus éloquents, font tout voir tout d'un coup; Kt, de quoi qu'à l'envi tous les deux nous instruisent, Le cœur en entend plus que tous les deux n'en disent.

LYSE

Si , comme dit Sylvandre, une àme en se formant ' , Ou descendant du ciel , prend d'une autre l'aimant , La sienne a pris le vôtre, et vous a rencontrée.

MÉLISSK.

Quoi! tu lis les romans?

LYSE. :■ >'

Je puis bien lire Astrée; Je suis de son village , et j'ai de bons garants Qu'elle et son Céladon étaient de mes parents.

UÉU.SSE.

Quelle preuve en as-lu .'

LYSE

Ce vieux .saule , madame, Où chacun d'eux cachait ses lettres et sa flamme, Quand le jaloux .Séniire en fit un faux témoin. ,-

Du pré de mon grand-[)ère il fait encor le coin ; Et l'on m'a dit que c'est un infaillible signe Que d'un si rare hymen je viens en droite ligne. ,; , , : > Vous ne m'en croyez pas?

MÉLISSE

De vrai , c'est un grand point.

LYSE

.\urais-je tant d'esprit , si cela n'était [wint ? D'où viendrait cette adresse à faire vos messages, A jouer avec vous de si bons personnages , Ce trésor de lumière et de vivacité ,

' Tout Cl- qui suit csl unr allusion au roman de V.-/stréc du marquis d't'rfi', roman qui eut on France beaucoup Je rc'putation cl de cours sous les règnes de Henri IV et de l.ouLs Mil, et qu'on lisait encore tnèinc dans les beaux jours de I.ouis XIV , sur la foi de sa réputation. Toutes CCS allusions sont toujours froides au ttiéûtrc , parce qu'elles ne sont point liées au nœud de la pièce; ce n'est que de la conversation, ce n'est que ,ir l'esprit , et toute beauté étrangère cst un défaut .V.)

432 LA SUITE DU MliJNTliUR.

Que d'un sang amoureux que j'ai d'eux hérité?

MÉLISSE

Tu le disais tantôt , chacun a sa folie ;

Les uns l'ont importune, et la tienne est jolie,

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