‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 370 sur 386 · CLÉANDRE , MÉLISSE , LYSE · texte numérisé non relu

CLÉANDRE , MÉLISSE , LYSE

CLÉANDRE

Je viens d'avoir querelle avec ce prisonnier, Ma sœur.

MÉLISSE

Avec Dorante? avec ce cavalier Dont vous tenez l'honneur, dont vous tenez la vicr Qu'avez-vous fait!

CLÉANDRE

Un coup dont tu seras ravie.

MÉLISSE

Qu'à cette lâcheté je puisse consentir !

CLÉANDP.E.

Bien plus, tu m'aideras à le faire mentir.

MÉLISSE

Ne le présumez pas , quelque espoir qui vous flatte ; Si vous êtes ingrat, je ne puis être ingrate.

CLÉANDRE

Tu semblés t'en fâcher !

Je m'en fâche pour vous.

D'un mot il peut vous perdre, et je crains son tourrous

CLÉANDRE

U est trop généreux ; et d'ailleurs la querelle ,

Dans les termes qu'elle est , n'est pas si criminelle.

Écoute. Nous parlions des dames de Lyon ;

Elles sont assez mal en son opinion :

Il confesse de vrai qu'il a peu vu la ville,

Mais il se l'imagine en beautés fort stérile ,

El ne peut se résoudre à croire qu'en ces lieux

La plus belle ait de quoi captiver de bons yeux. ^j

Pour l'honneur du pays j'en nomme trois ou quatre; Kj

Mais , à moins que de voir , il n'en veut rien rabattre :

ACIK IV, SCf:>K II. 433

El, comme il ne le peut étant dans la pMsoii,

J'ai cru i)ar un portrait le mettre à la raison ;

Et, sans chercher plus loin tes beautés qu'on uliniro,

Je ne veux que le tien pour le faire dédire.

Me le dénieras-tu , ma sueur, pour un moment? -

MÉLISSE. • ' i

Vous me jouez , mon iière, assez accorlemenf ; La querelle est adroite, et bien imaginée.

CLÉA^Dr.E.

Non , je m'en suis ranté , ma parole est donnée.

MÉLISSE

S'il faut ruser ici , j'en sais autant que vous , '

Et vous serez bien lin si je ne romps vos coups : •

Vous pensez me sui[)iendre, et je n'en fais (pie rire j ' '■ '

Dites donc tout d'un coup ce que vous voulez dire. ; •

CLÉA.NDI-.E. ■ .

Eli bien ! je viens de voir ton portrait en ses mains. ■;

MLLISSE. - .

Et c'est ce qui vous fâche .'

CLÉA.NDKE-

Et c'est dont je me [ilains.

MÉLISSE

J'ai cru vous obliger, et l'ai fait pour vous plaire : Votre ordre était exprès.

CLÉV.MJRE.

Quoi ! je te l'ai fait faire ?

MÉLISSE

Ne m'avez-vous pas dit : « Sous ces déguisements

■< Ajoute à ton argent perles et diamants.' »

Ce soûl vos propres mots , et vous en êtes cause.

CLÉA.XDitE.

Eh quoi I de ce portrait disent-ils (piel(]ne chose.'

MÉLISSE

Puisqu'il est enrichi de quatre diamants, N'est-ce pas obéir à vos counnandemcats ?

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