‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 378 sur 386 · LYSE.CLITON · texte numérisé non relu

LYSE.CLITON

CUTON.

Nous voici bien logés , Lyse ; et , sans raillerie Je ne souhaitais pas meilleure hôtellerie. Enfin nous voyons clair à ce que nous faisons , Et je puis à loisir te conter mes raisons.

LTSE.

Tes raisons? c'est-à-dire autant d'extravagances

CLITON

Tu me connais déjà !

Bien mieux que tu ne penses.

CLITO.N.

J'en débite beaucoup.

LYSE

Tu sais les prodiguer.

CLITON

Mais sais-tu que l'amour me lait oxtravaguer ?

LYSK.

En tiens-tu donc pour moi.'

CLITON

J'en tiens , je le confesse.

LÏSE.

Autant comme ton maître en tient pour ma maltresse f

CLITON

Non pas encor si fort , mais dès ce môme instant Il ne tiendra qu'à toi que je n'en tienne autant . Tu n'as qu'à l'imiter pour être autant année.

LYSE

Si son âme est en feu , la mienne est enflammée ; Et je crois jusqu'ici ne l'imiter pas mal.

CLITON

Tu manques, à vrai dire, encore au principal.

Ton secret est obsoK.

Tu ne veux pas l'entendre :

Vois quelle est sa méthode , et tâche de la prendre. Ses attraits tout-puissants ont des avant-coureurs Encor plus souverains à lui gagner les cœurs : Mon maître se rendit à ton premier message. Ce n'est pas qu'en effet je n'aime ton visage; Mais l'amour aujourd'hui dans les coeurs les plus vains Entre moins par les yeux qu'il ne fait par les mains ; Et quand l'objet aimé voit les siennes garnies, Il voit en l'autre objet des grâces infinies : Pourrais- tu te résoudre à m'attaquer ainsi?

LYSE

J'en voudrais être quitte à moins d'un grand merci.

CLITON

Écoute ; je n'ai pas une âme intéressée , Et je te veux ouvrir le fond de ma pensée.

Aimons-nous but à but, sans soupçons , sans rigueur; Donnons âme pour âme , et rendons caur pour cœur.

LYSE

J'en veux bien à ce prix.

CLITON

Donc , sans plus de langage, Tu veux bien m'en donner quelques baisers pour gage.'

LYSE

Pour l'âme et pour le cœur, tant que tu le voudras ; Mais pour le bout du doigt , ne le demande pas : Un amour délicat hait ces faveurs grossières , Et je t'ai bien donné des preuves plus entières. Pourquoi me demander des gages superflus.' Ayant l'âme et le cœur, que te faut-il de plus?

CLITON

J'ai le goût fort grossier en matière de flamme ; Je sais que c'est beaucoup qu'avoir le cœur et l'âme ; Mais je ne sais pas moins qu'on a fort peu de fruit Et de l'âme et du cœur, si le reste ne suit.

LYSE

Eh quoi! pauvre ignorant, ne sais-tu pas encore Qu'il faut suivre l'humeur de celle qu'on adore,

ACTi: V, SCLNE II. 647

Se rendre complaisant, vouloir ce qu'elle veut?

CLITON

Si tu n'en veux changer, c'est ce qui ne se peut. De (juci me guériraient ces gages invisibles ? Comme j'ai l'esjjrit lourd , je les veux plus sensibles ; .Autrement, marché nul.

LVSE.

Ne désespère point; Chaque chose a son ordre , et tout vient à son point ; Peut-être avec le temps nous pourrons nous connaître Apprends-moi cependant qu"cst devenu ton maître.

CMTON.

11 est avec Pliiliste allé remercier

Ceux que pour son affaire il a voulu prier.

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