‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 38 sur 386 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

D. DIl-GUE.

Jamais nous ne goûtons de par(\iite allégiesse : Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse;

6'. LF. C!D.

Toujours quelciucs soucis en ces événements

Troublent la pureté de nos contentements.

Au milieu du bonheur mon àme en sent l'fitteiiite;

Je nage dans la joie , et je tremble de crainte.

J'ai vu mort l'ennemi qui m'avait outragé;

Et je ne saurais voir la main qui m'a vengé.

En vain je m'y travaille , et d'un soin inutile ,

Tout cassé que je suis , je cours toute la ville :

Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur

Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur.

A toute heure , en tous lieux , dans une nuit si sombre ,

Je pense l'embrasser, et n'embrasse qu'une ombre.

Et mon amour, déçu par cet objet tromi)eur,

Se forme des soupçons qui redoublent ma peur.

Je ne découvre point de marques de sa fuite;

Je crains du comte mort les amis et la suite ;

Leur nombre m'épouvante , et confond ma raison.

Rodrigue ne vit plus, ou respire en prison.

Justes cieux ! me trompé-je encore à l'apparence ,

Ou si je vois enfin mon unique espérance !

C'est lui , n'en doutons plus ; mes vœux sont exaucés ;

Ma crainte est dissipée , et mes ennuis cessés.

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