‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 381 sur 386 · DORANTE, MÉLISSE, LYSE, CLITO.N · texte numérisé non relu

DORANTE, MÉLISSE, LYSE, CLITO.N

MÉLISSE

Au bruit de vos soupirs, tremblante et sans couleur, Je viens savoir de vous mon crime , ou mon malheur ; Si j'en suis le sujet , si j'en suis le remède ; Si je puis le guérir, ou s'il faut que j'y cède; Si je dois , ou vous plaindre , ou me juslilier, Et de quels ennemis il faut me défier.

DORANTE

De mon mauvais destin , qui seul me persécute.

UÉLISSC.

A ses injustes lois que faut-il que j'impute .='

DOR \NTE.

Le coup le plus mortel dont il m'eût pu frapper.

UÉLISSE.

Est-ce un mal que mes yeux ne puissent dissiper ?

t-;r- DORARTE.

Votre amour le fait naltrt , et vos yeux le redoubltut.

UÉLISSE.

Si je ne puis calmer les soucis qui vous troublent , Mon amour avec vous saura les partager.

DORA.M'E

Ah ! vous les aigrissez, les voulant soulager ! Puis-je voir tant d'amour avec tant de mérite , Et dire sans mourir qu'il faut que je vous quitte i*

UÉLISSE.

Vous me quittez ! ô ciel ! Mais , Lyse , soutenez ; Je sens manquer la force à mes sens étonnés.

DORAITTE.

Ae croissez point ma plaie, elle est assez ouverte; VouB me montrez en vain la grandeur de ma perte. Ce grand excès d'amour que font voir vos douleurs Triomphe de mon cœur sans vaincre mes malheurs. On ne m'arrête pas pour redoubler mes chaînes. On redouble ma flamme , on redouble mes peines ; Mais tous ces nouveaux feux qui viennent m'embrasi^r Me donnent seulement plus de fers à briser.

:ȔO LA SUITE DU MENTEUR.

aÉLISSK.

Donc à m' abandonner votre âme est résolue ?

DOILVXTE.

Je cède à la rigueur d'une force absolue.

MÉLISSE

Votre manque d'amour vous y fait consentir.

DORANTE

Traitez-moi de volage, et me laissez partir;

Vous me serez i)lus douce eu m'étant plus cruelle.

Je ne pars toutefois que pour être fidèle ;

A quelques lois par là qu'il me faille obéir ,

Je m'en révolterais , si je pouvais trahir.

Sachez-en le sujet; et peut-être, madame.

Que vous-même avouerez, en lisant dans mon àme,

Qu'il faut plaindre Dorante au lieu de l'accuser;

Que plus il quitte en vous , plus il est à priser,

Et que tant de faveurs dessus lui répandues

Sur un indigne objet ne sont pas descendues.

Je ne tous redis point combien il m'était doux De vous connaître enfin , et de loger chez vous , >'i comme avec transport je vous ai rencontrée : Par cette porte , hélas I mes maux ont pris entrée , Par ce dernier bonheur mon bonheur s'est détruit; Ce funeste départ en est l'unique fruit , Et ma bonne fortune , à moi-môme contraire , Me fait perdre la sœur parla faveur du frère. Le cœur enflé d'amour et de ravissement , J'allais rendre à Phiiiste un mot de compliment; Mais lui tout aussitôt, sans le vouloir entendre ; ' Cher ami, m'a-t-U dit, vous logez chez Ciéandre, « Vous aurez vu sa sœur, je l'aime, et vous pouvez « Me rendre beaucoup plus que vous ne me devez : ;i En faveur de mes feux parlez à cette belle; « Et comme mon amour a peu d'accès chez elle, « Faites l'occasion quand je vous irai voir. « A ces mots j'ai frémi sous l'horreur du devoir. Par ce que je lui dois , jugez de ma misère ; V'oyez ce que je puis , et ce que je dois faire. Ce cœur qui le traliit, s'il vous aime aujourd'hui , Ne vous trahit pas moins s'il vous parle pour lui. Ainsi, pour n'offenser son amour ni le vôtre.

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