‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 386 sur 386 · EXAMEN · texte numérisé non relu

EXAMEN

L'efffcl de cette pièce n'a pas été si avantageux que celui de la f récédcnte, bien qu'elle soit mieux écrite '. L'original espagnol est de Lope de Végue sans contredit, et a ce défaut que. ce n'est que le valet qui fait rire , au lieu qu'en l'autre les principaux agréments sont dans la bouctie du maître. L'on a pu voir par les divers succès quelle différence il y a entre les railleries spirituelles d'un honnête tiomme de bonne humeur, et les bouffonneries froides d'un plaisant à gages. L'obscurité que fait en celleci le rapport à l'autre a pu contribuer quelque chose à sa disgrâce, y ayant beaucoup de choses qu'on ne peut entendre, si l'on n'a l'idée présente du Menteur. Elle a encore quelques défauts particuliers. Au second acte, Cléandre raconte à sa sœur la générosité de Dorante qu'on a vue au premier, contre la maxime, qu'il ne faut jamais faire raconter ce que le spectateur a déjà vu. Le cinquième est trop sérieux pour une pièce si enjouée, et n'a rien de plaisant que la première scène entre un valet et une servante. Cela plait si fort en Espagne , qu'ils font souvent parler bas les amants de condition , pour donner lieu à ces sortes de gens de s'entredire des badinages ; mais en France , ce n'est pas le goùl de l'auditoire. Leur enirelien est plus supportable au premier acte , cependant que Dorante écrit : car il ne faut jamais laisser le théâtre sans qu'on y agisse , et l'on n'y agit qu"en parlant. Ainsi Dorante qui écrit ne le remplit pas assez; et toutes les fois que cela arrive, il faut fournir l'action par d'autres gens qui parlent. Le second débute par une adresse digne d'être remarquée , et dont on peut former celte règle, que, quand on a quelque occasion de louer un(; lettre, un billet, ou quelque autre pièce éloquente ou spirituelle, il ne faut jamais la faire voir, parce qu'alors c'e^t une propre louange que le poète se donne à soi-même; et souvent le mérite de la chose répond si mal aux éloges qu'on en fait , que j'ai vu des stances présentées a une

' Ixi Suite du Menteur ne réussit point. Serait-il permis de dire qua- »ec quelques changemenU elle ferait au théâtre plus d'effet que le Menteur même ? L'intriffue de cette seconde pièce espagnole est beaucoup plus intéressante que la première. Dès que l'intrigue ntt.iclie, le succès ne dépend plus que de quelques embellissements , de quelques convenances, que peut-être Corneille négligea trop dans les derniers actes Ac f ct'.p pièce. (V.)

maîtresse, qu'elle vantail d'une haute excellence , bien qu'elles fussent très-médiocres ; et cela devenait ridicule- Mélisse loue ici la lettre que Dorante lui a écrite; et comme elle ne la lit point , l'auteur a lieu de croire qu'elle est aussi bien faite qu'elle le dit. Bien que d'abord cette pièce n'eut pas grande app-obation, quatre ou cinq ans après la troupe du Marais la remit sur le tliéâ- Ire avec un succès plus heureux ; mais aucune des troupes qui courent les provinces ne s'en est chargée. Le contraire e=t arrivé de Théodore^ , que les troupes de Paris n'j' ont point rétablie depuis sa disgrâce mais que celles des provinces y ont fait assez passablement réussir.

' Il ne faut jamais Juger d'une pièce par les succès des premières années, ni à Paris ni en province ; le temps seul met le prU aux ouvrages, et l'opinion réfléctiie des bons Juges est à la longue l'arbitre du goût de public. (V.)

KIR DE LA StnE DU MENTEPR.

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