‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 52 sur 386 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

D. FERNAND, D. DrÈGUE, D. ARIAS, D. SANCHE, D. ALONSE, CHIMÈNE, ELVIRE,

CHIMÈNE

Sire, il n'est p'.iis besoin de vous dissimuler ^^

Ce que tous mes eflbrts ne vous ont pu celer.

J'aimais , vous l'avez su ; mais , pour venger mon père.

J'ai bien voulu proscrire une lètc si clière :

Votre majesté , sire, elle-même a pu voir

Comme j'ai fait céder mon amour au devoir.

Enfin Rodrigue est mort , et sa mort m'a changée

D'implacable ennemie en amante affligée.

J'ai (lu cette vengeance à qui m'a mise au jour,

Et je dois maintenant ces pleurs à mon amour.

D(in Sanclie m'a perdue en prenant ma défense;

Et du bras qui me perd je suis la récompense !

Sire , si la i)itié peut émouvoir un roi ,

De grâce , révoquez une si dure loi ;

Pour prix d'une victoire où je perds ce que j'aime,

Je lui laisse mon bien; qu'il me laisse à moi-même;

Qu'en un cloître sacré je pleure incessamment.

Jusqu'au dernier soupir, mon père et mon amant.

D. niteiE.

Enfin elle aime, sire, et ne croit plus un crime D'a\ouer par sa bouche un amour léijitime.

D. FERXAND.

Cliimène, sors d'erreur, ton amant n'est pas mort; Et don Sancbe vaincu t'a fait un faux rapport.

D. SXNCflE.

Sire, mi peu trop d'ardeur malgré moi l'a déçue :

Je venais Ju combat lui raconter l'issne.

Ce généreux guerrier, dont son cœur est ciiarmé,

« Ne crains rien (m'a-t-il dit, quand il m'a désarmé ; :

« Je laisserais plutôt la victoire incertaine,

" Que lie répandre un sang hasardé pour Cliimène ;

« Mais puisque mon devoir m'appelle aiq)rès du roi,

n Va de notre combat l'entretenir pour moi ;

n De la part du vainqueur lui poi ter ton épée. »

Sire, j'y suis venu • cet objet l'a trompée;

Elle m'a cru vainqueur, me voyaut de rotnuv, Et soudain sa colère a tralii sou amour Avec tant de transport et tant d'impatience , Que je n'ai pu gagner un moment d'audience. Pour moi , bien que vaincu , je me répute lieureux ; Et, malgré l'intérêt de mon C(tur amoureux, Perdant infiniment , j'aime encor ma défaite , Qui fait le beau succès d'une amour si parfaite.

D. FEP.NAND.

Ma fille, il ne faut point rougir d'un si beau feu ,

i\i chercher les moyens d'en faire un désaveu :

Une louable honte en vain t'en sollicite ;

Ta gloire est dégagée, et ton devoir est quitte ;

Ton père est satisfait , et c'était le venger

Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger.

Tu vois comme le ciel autrement en dispose.

Ayant tant fait pour lui , fais pour toi quelque chose,

Et ne sois point rebelle à mon commandement ,

Qui te donne un époux aimé si ciièrement.

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