C.VMILLE
Je pense la savoir, s'il faut la nommer telle ;
On l'a dite à mon père , et j'étais avec lui.
Mais je n'en conçois rien qui (latte mon ennui :
Ce délai de nos maux rendra leurs coups plus rudes;
Ce n'est qu'un plus long terme à nos inquiétudes,
Et tout l'allégement qu'il en faut espérer ,
C'est de pleurer plus tard ceux qu'il faudra [ileiirer.
SABINE
Les dieux n'ont pas en vain inspiré ce tumulte.
C\MILIK.
Disons plutôt, ma saur, qu'en vain on les consulte. Ces mômes dieux à Tulle ont inspiré ce choix ; Et la voix du public n'est pas toujours leur voix ; Us desrendent bien moins dans de si bas étages- , Que dans l'Ame des rois , leurs vivantes ima;/,es , De qui l'indépendante et saiute autorité Est un rayon secret de leur divinité.
JULIE
C'est vouloir sans raison vous former des obstacles ,
' Au lieu de die, on a imprimé (Zi^e dans les éditions suivantes. O.t n'est plus qu'une licence ; on ne l'emploie que pour la rime, i'ne bonne nout'c//cestdustylcde la comédie : ce n'est là qu'une très-légère inattention. Il était très-aisé à Corneille de mettre : .Jfi ! ma sœur , apprenez uneheureuse nouvelle, et d'exprimer ce petit détail autrement : mais alors ces expressions familières étaient tolérées ; elles ne sont devenues (les fautes que quand la langue s'est perfectionnée ; et c'est à Corneille même qu'elle doit en partie cette perfection. On ût bientôt une étude sérieuse d'une langue dans laquelle il avait écrit de si belles choses. (V.)
' Bas étages est bien bas , et la pensée n'ejit que poétique. Celte contestation de Sabine et de Camille parait froide, dans un moment où l'on est si impatient de savoir ce qui se passe. Ce discours de Camille semble avoir un autre défaut : ce n'est pointa une amante à dire que li:> dieux inspirent toujours les rois, iju'ils sont des rayons de la Divinité ; c'est là de la déclamation d'un rhéteur dans un panégyrique. Ces contestations de Camille et de Sabine sont , à la vérité , des jeux d'esprit un peu froids; c'estun grand mallieur que le peu de maUére que fournit la pièce ait obligé l'auteur à y mûler ces scènes , qui, par leur nuitilité, sont toujours languissantes. (V.)
134 HORACK.
Que de cherclier leur voix ailleurs qu'en leurs oracles : tt vous ne vous pouvez figurer tout perdu , Sans démentir celui qui vous fut hier rendu.
CAMILLE
Un oracle jamais ne se laisse comprendre;
On l'entend d'autant moins que plus on croit l'entendre,
Et, loin de s'assurer sur un pareil arrêt ,
Qui n'y voit rien d'obscur doit croire que tout l'est.
SABINE
Sur ce qui fait pour nous prenons plus d'assurance, tt souffrons les douceurs d'une juste espérance. Quand la faveur du ciel ouvre à demi ses bras , Qui ne s'en promet rien ne la mérite pas; Il empêche souvent qu'elle ne se déploie; Et, lorsqu'elle descend, son refus la renvoie.
CAMILLE
Le ciel agit sans nous en ces événements , Et ne les règle point dessus nos sentiments.
JULIE
Il ne vous a fait peur que pour vous faire grâce. Adieu : je vais savoir comme enfin tout se passe '. Modérez vos frayeurs; j'espère à mon refour Ne vous entretenir que de propos d'amour *, Et que nous n'emploierons la fin de la journée Qu'aux doux préparatifs d'un heureux hy menée.
SABLNE.
J'ose encor l'espérer.
CAMILLE
Moi , je n'espère rien.
JtLIE.
L'effet vous feia voir que nous en jugeons bien. SCÈNE IV.
SABLNE, CAMILLE.